Itinérance: l’ignorance coûte cher
Fermez les yeux. Imaginez que vous croisez une personne itinérante. Quel visage vous vient à l’esprit? Un homme titubant, aux cheveux et la barbe hirsute? L’image classique de l’itinérance, en somme. Une image que les médias nous renvoient sans cesse. Il ne leur viendrait pas à l’idée de montrer des femmes et des enfants, avec en légende: «personnes itinérantes». Il ne leur viendrait pas non plus à l’idée de rapporter le fait qu’une personne qu’on laisse sombrer sans aide dans sa condition d’itinérance, ça coûte pas mal cher. Qui a dit ça? Encore Amir Khadir?
Celui qui a dévoilé ces chiffres s’appelle Geoffrey Kelly. Il est député libéral et il a présidé la commission parlementaire itinérante sur le phénomène de l’itinérance. Les visages de l’itinérance, il les a vus: «nous avons rencontré les personnes, les femmes qui vivent dans la rue, les jeunes qui vivent dans la rue, les autochtones qui vivent dans la rue, alors le visage est beaucoup plus diversifié aujourd’hui».
Après une centaine de témoins et la réception de plus de 145 mémoires, la commission a accouché d’un rapport qui a été débattu cette semaine à l’Assemblée nationale. Deux heures ont été consacrées à ce rapport, deux petites heures pour un phénomène aussi grave. Un phénomène ou ne pas en faire assez nous coûte finalement plus cher que le contraire.
Quand j’ai lancé le chiffre sur Twitter aujourd’hui, certains en ont été étonnés. Michel Lacombe semblait lui aussi surpris de la chose quand il l’a apprise de la bouche Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, samedi passé (Ouvert le samedi, première heure).
Peu savent ce que la commission a découvert. On ne sauve jamais d’argent quand on coupe dans les services publics et le financement de l’aide aux personnes itinérantes. Jamais. Leur cas s’alourdit et, au bout du compte, on paie plus cher.
Peu le savent parce que les médias ne s’intéressent pas à la question.
Sauf, évidemment, quand le cadavre d’une itinérante est découvert dans un garage du Plateau Mont-Royal.
Une femme.
Elle n’avait pas trente ans.
Lisez le rapport de la commission. À peine 75 pages, mais drôlement percutant.
Ils sont où, les journalistes? Ah oui, ils se battent entre eux pour savoir s’ils doivent être plus agressifs ou non envers leurs patrons.
M’est d’avis qu’ils vont finir itinérants, à force de ne pas s’intéresser à ce que vit le monde ordinaire.
Commission de la santé et des services sociaux : Itinérance : agissons ensemble (PDF, 1,36 Mo)


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