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cause toujours !

Groupe de travail sur la tarification des services publics inc.

Date: 2008/04/10

«Les tarifs consti­tuent un outil essen­tiel pour gérer nos com­por­te­ments col­lec­tifs de la façon la plus effi­cace pos­sible», écrit le Groupe de tra­vail sur la tari­fi­ca­tion des ser­vices publics dans le rap­port qu’il a remis aujourd’hui à la ministre des Finances du Qué­bec. Tout était dit. Les Qué­bé­cois seraient des insou­ciants et des irres­pon­sables. Ce rap­port est vrai­ment de la même eau que celui du Groupe Cas­ton­guay sur le finan­ce­ment du sys­tème de santé.

Que nous reproche au juste le Groupe dirigé par Mont­mar­quette? D’être per­ver­tis par une culture de la gra­tuité. Les pires seraient les plus dému­nis : «bien évidem­ment, cette per­cep­tion de la gra­tuité est encore plus forte pour les citoyens qui ne paient pas d’impôt.» C’est pour leur bien que le Groupe pro­pose de haus­ser les tarifs : «le fait qu’ils ne contri­buent pas au ser­vice qu’ils uti­lisent peut leur faire oublier que ce ser­vice a un prix, et que quelqu’un en acquitte le mon­tant à leur place.»

J’ai honte d’avoir contri­bué, par mes impôts, à retrou­ver un mépris aussi crasse écrit noir sur blanc dans un rap­port offi­ciel. Venant de Mont­mar­quette, cela ne m’étonne pas. Il est tout à fait du genre «casse-toi pauvre con». Mais que Joseph Facal ait laissé pas­ser un tel juge­ment de valeur, cela me sidère. Déjà cette odeur de mépris qui trans­pire du rap­port remis par Mont­mar­quette, Facal et Lacha­pelle indique sa des­ti­na­tion : la pou­belle le recyclage.

Mais ce n’est pas tout. Le Groupe nous reproche aussi de tirer moins de revenu des tarifs que les autres pro­vinces cana­diennes. So what!

L’autre reproche qui nous est fait est de sur­con­som­mer les biens et ser­vices ainsi sous tari­fés. Or, le seul exemple de sur­con­som­ma­tion que le Groupe peut don­ner est celui de l’eau. Et encore, le jupon dépasse :

La mise sur pied de ces orga­nismes indé­pen­dants de ges­tion et d’exploitation du ser­vice de l’eau, avec une base de reve­nus auto­nomes et pré­vi­sibles décou­lant de sa fran­chise et de son assu­jet­tis­se­ment à la régu­la­tion de la Régie de l’eau, faci­li­tera la for­ma­tion de PPP (par­te­na­riats public-privé) et éven­tuel­le­ment la pri­va­ti­sa­tion si cela deve­nait un objec­tif souhaitable.

Nous y voici. Le Groupe n’a pas un seule fois évoqué la pos­si­bi­lité de pri­va­ti­ser l’eau, ou l’électricité, ou quelqu’autre bien ou ser­vice tarifé que ce soit lors de la confé­rence de presse pré­sen­tant le rap­port — ce n’était pas dans leur man­dat et aucun jour­na­liste n’a abordé la ques­tion —, mais toute la logique de leur argu­men­taire va en ce sens.

Nous connais­sons déjà les idées de Mes­sieurs Mont­mar­quette et Facal sur la pri­va­ti­sa­tion et les PPP. La troi­sième membre du groupe, Madame Lise Lacha­pelle (curieu­se­ment aussi absente de la confé­rence de presse que le Secré­taire de l’ONU le sera de Bei­jing aux JO), vient du sec­teur privé.

Bref, c’était cousu de fil blanc.

En com­plé­ment: La hausse des tarifs pour les biens publics mène à l’exclusion sociale.


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3 Comments

  1. Alexis St-Gelais (35 comments) says:

    Vous avez rai­son quand vous dites que le rap­port était orienté. Cela trans­pa­raît clai­re­ment dans ce qu’on y lit.

    Tou­te­fois, en dehors des déra­pages des auteurs, ne croyez-vous pas qu’il pour­rait y avoir ne serait-ce qu’une once de bon sens dans ces pages? Chan­gez un peu la forme des hausses pour moins affec­ter les plus dému­nis et vous ver­rez que ce n’est pas si bête.

    Pre­nons le cas des tarifs d’Hydro-Québec. Il y a long­temps que je prône une hausse des tarifs. Je défends égale­ment les faibles fac­tures d’électricité pour les “citoyens qui ne paient pas d’impôts”. La solu­tion est simple: ce n’est pas la tari­fi­ca­tion pour la consom­ma­tion modé­rée d’électricité qu’il faut aug­men­ter, mais celle pour la sur­con­som­ma­tion — ou, si cer­tains le pré­fèrent, la “consom­ma­tion de luxe”. Il faut donc en venir à créer un troi­sième palier tari­faire. Cela n’aura pas d’effet sur les ménages à reve­nus moindres, qui ne consomment de toute manière pas autant d’électricité. On aug­mente en même temps la contri­bu­tion des sur­con­som­ma­teurs aux coffres de l’État, ce qui per­met de ren­flouer les coffres des ser­vices qui doivent, eux, être inté­gra­le­ment gra­tuits, comme la santé. Auriez-vous un pro­blème avec le fait que les gens gagnant plus et consom­mant plus contri­buent plus à des ser­vices qu’ils sont majo­ri­taires à utiliser?

    C’est la même chose avec les CPE. Mal­gré tous nos bons sou­haits, l’immense majo­rité des places en gar­de­ries béné­fi­cie aux classes plus riches qui n’ont pas réel­le­ment besoin d’un tarif aussi faible. Que l’on trouve une façon d’offrir les faibles tarifs à ceux qui en ont réel­le­ment besoin et qu’on rehausse la contri­bu­tion des parents pour les autres. 10% des frais totaux débour­sés par l’État me semble raisonnable.

    Péages rou­tiers? Ils affectent majo­ri­tai­re­ment les ménages qui voyagent à tra­vers le Qué­bec, et qui ont donc de l’argent. L’eau? On peut très bien pen­ser à une for­mule selon laquelle on a droit à un quota rai­son­nable par jour par per­sonne. Il suf­fit de s’y tenir. Les frais de sco­la­rité? Si l’on réforme cor­rec­te­ment les prêts et bourses, cela don­nera de biens meilleurs résul­tats que le gel ou la gra­tuité, d’autant plus que de nom­breux étudiants ont les moyens d’absorber la hausse (moi le premier).

  2. momichel (73 comments) says:

    Pour ce qui est des tarifs d’électricité, il fau­drait faire la preuve que ceux qui ont peu de moyens ne vont pas être péna­li­sés parce qu’ils vivent dans des loge­ments mal iso­lés. Cela ne concerne pas que les assis­tés sociaux, mais tous les ménages à faible revenu. Le Comité consul­ta­tif qué­bé­cois de lutte contre la pau­vreté et l’exclusion sociale n’a hélas pas eu la même écoute média­tique mais n’en a pas moins pro­duit un rap­port fort inté­res­sant sou­li­gnant tous les risques qu’entraînent les hausses tarifaires.

    Haus­ser les tarifs d’électricité n’est pas for­cé­ment une bonne idée dans un contexte où il faut encou­ra­ger la consom­ma­tion de cette éner­gie propre qu’est l’hydroélectricité.

    Sur la ques­tion des frais de gar­de­rie, cer­tains parents, on ne le dit pas trop fort de peur qu’ils s’en rendent compte, paie plus cher avec les tarifs à 7$ par jour que sous les anciens tarifs qui étaient déduc­tibles de leur impôt. Au-dessus de 50 000$ ça com­mence à deve­nir plus payant, mais au-dessus de ce salaire les impôts com­mencent aussi à grim­per. On aurait pu récu­pé­rer le champ laissé libre par Ottawa pour finan­cer cette mesure qui vise à favo­ri­ser la nata­lité, quitte à lais­ser plus d’argent dans les poches des parents avec jeunes enfants par le biais des déduc­tions fiscales.

    Les péages rou­tiers vont péna­li­ser ceux qui ont peu de moyens et doivent uti­li­ser leur voi­ture faute d’un ser­vice adé­quat de trans­port en com­mun. Le Comité consul­ta­tif qué­bé­cois de lutte contre la pau­vreté a aussi sou­levé ce dan­ger dans son rap­port. Peut-être faudrait-il trou­ver un moyen de faire payer l’usure de nos routes aux vrais res­pon­sables : les entre­prises de camion­nage. Je sais de source bien infor­mée que le Qué­bec est plus tolé­rant qu’ailleurs sur le poids limite des camions, avec les dégâts qu’on imagine.

    L’eau? Il n’y a pas vrai­ment un pro­blème de consom­ma­tion indi­vi­duelle d’eau au Qué­bec. La pre­mière source de gas­pillage dans la région métro­po­li­taine de Mont­réal, et sans doute dans beau­coup d’endroits au Qué­bec, est l’état déplo­rable des réseaux d’aqueduc. Il vau­drait donc mieux haus­ser les taxes muni­ci­pales pour pou­voir les réparer.

    Les frais de sco­la­rité? Je trouve curieux qu’on veuille haus­ser les frais de sco­la­rité tout en dimi­nuant les impôts. Fina­le­ment, le vrai débat qu’on ne veut pas faire est celui du finan­ce­ment auto­nome des uni­ver­si­tés. Elles devraient accep­ter une fois pour toute que c’est une uto­pie. Je me rap­pelle par ailleurs avoir vu quelque part ce qu’un étudiant rap­porte de plus en impôt à l’État sur toute sa vie utile de tra­vailleur parce qu’il com­plète ses études uni­ver­si­taires. Du point de vue pure­ment écono­mique, c’est très ren­table. On donne des cen­taines de mil­lions de dol­lars à des entre­prises qui ferment leur porte mal­gré tout et on ne vou­drait pas consi­dé­rer des frais de sco­la­rité peu élevés comme un investissement?

    Là où je veux bien accep­ter qu’il y a eu erreur, c’est dans le gel des tarifs. Ce n’est pas une bonne idée et il fau­drait mieux tenir compte de l’augmentation de leurs frais pour revoir pério­di­que­ment le coût des biens et ser­vices tarifés.

    Mais pour cela il fau­drait aussi une Loi garan­tis­sant à chaque adulte Qué­bé­cois un revenu mini­mal suf­fi­sant pour vivre au-dessus du seuil de la pauvreté.

    Il y aura des abu­seurs? Peut-être. Mais en atten­dant deman­dez donc aux deux plus gros pro­duc­teurs de porc du Qué­bec com­bien ils ont reçu de sub­ven­tions de l’État pour nous pol­luer à outrance.

    Ce n’était qu’un exemple en passant.

  3. Alexis St-Gelais (35 comments) says:

    Et c’est pour ces rai­sons que je milite plus encore pour une indexa­tion géné­rale des tarifs et allo­ca­tions (frais de sco­la­rité, tarifs hydro-électriques, gar­de­ries, SAAQ, assurance-chômage, bien-être social, salaire mini­mum, allo­ca­tions fami­liales, et éven­tuel­le­ment l’eau) que pour une aug­men­ta­tion pério­dique et dras­tique. Le fait que tout soit si peu cher découle des nom­breuses poli­tiques de gel.

    Et je n’ai jamais écarté l’idée de tarifs pour les entre­prises égale­ment. Cela fait par­tie de l’effort col­lec­tif: taxes vertes, péages rou­tiers impor­tants pour les camions, tari­fi­ca­tion sur l’eau (j’ajoute ici un bémol; cer­taines indus­tries ont abso­lu­ment besoin d’eau pour faire un pro­duit utile. On pour­rait alors essayer d’établir un barème de consom­ma­tion accep­table qui ne devrait pas être fran­chi sous peine de péna­lité importante).

    Bien sûr, c’est à l’État d’idée et je ne dis­pose pas ici des moyens pour étudier la mise en place pra­tique de ces mesures. Si j’en ai l’occasion, tou­te­fois, je me pro­mets de le faire.

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