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Pour que 1608–2008 ne soit pas une fête de l’oubli

Date: 2008/06/13

Com­bien savent que le Qué­bec aurait pu être pas­sa­ble­ment dif­fé­rent dans sa com­po­si­tion eth­nique? Com­bien savent aussi que si les Qué­bé­cois sont dif­fé­rents des Fran­çais, on le doit en bonne par­tie à l’interculturalité entre les pre­miers Euro­péens venus de France et les peuples qui vivaient ici? Que fêtons-nous au juste, cet été, à Qué­bec? Nous avons, encore aujourd’hui, une image tel­le­ment euro­péenne de notre nation qué­bé­coise que nous érigeons Qué­bec comme un fort et un phare construits et allu­més depuis l’autre côté de l’Amérique. Or, la vérité c’est que nous avons plu­tôt éteint les nations vivant ici et que mal­gré tout elles nous ont pro­fon­dé­ment trans­for­més. Nous sommes un para­doxe de l’histoire.

Je viens de ter­mi­ner l’écoute du bar des sciences Qué­bec est-elle une inven­tion amé­rin­dienne? (Les Années lumière | Radio-Canada.ca). Une ques­tion fon­da­men­tale y a été posée par un de ceux qui étaient dans la salle (Jona­than Lai­ney, Wen­dat, spé­cia­liste des échanges entre les pre­miers Fran­çais et les Amé­rin­diens) : qu’est-ce que ça donne tout ce que nous appre­nons sur les peuples qui étaient ici quand Cham­plain s’installe en 1608?

La ques­tion était essen­tielle, mais il m’en vient une autre: pour­quoi apprenons-nous si mal ce que nous sommes deve­nus à leur contact et ce que nous leur avons fait?

D’abord, il faut dis­si­per un pre­mier mal­en­tendu: si Cham­plain a pu s’installer à Qué­bec, c’est parce que les Innus lui en avaient donné la per­mis­sion. Sans cette per­mis­sion, accor­dée avec le but très inté­ressé de pro­fi­ter de la pré­sence des Fran­çais pour obte­nir des biens maté­riels de cette «autre pla­nète» (l’expression est de Serge Bou­chard) qu’est alors l’Europe pour les peuples vivant ici, Cham­plain et ces hommes n’auraient jamais pu «fon­der» Québec.

Autre mal­en­tendu à dis­si­per: les popu­la­tions vivant au Qué­bec à l’époque de Cham­plain étaient beau­coup plus nom­breuses qu’on ne le croit géné­ra­le­ment. Les épidé­mies qui ont tra­versé l’Atlantique avec les Fran­çais ont décimé jusqu’à 90% des popu­la­tions des peuples occu­pant le ter­ri­toire du Qué­bec (Innus, Algon­quins, etc.).

Mal­gré cette héca­tombe, nous devons beau­coup aux peuples autoch­tones. Pas seule­ment parce qu’ils ont influencé notre com­por­te­ment, notre atti­tude face à la vie, nos valeurs même, mais aussi parce que nous avons plus ou moins mélangé nos gênes.

Com­ment faire main­te­nant pour répa­rer les pots cas­sés? Le sort des enfants pla­cés de force dans des pen­sion­nats n’est qu’une des his­toires d’horreur qu’ont vécu les peuples autochtones.

Il y a tant de sque­lettes dans le placard.

Il y a encore beau­coup à faire pour répa­rer les erreurs du passé.

Il y a aussi beau­coup à expli­quer aux jeunes Qué­bé­cois pour que l’attitude de mépris cesse.

En atten­dant, le maire de Qué­bec devrait aller ren­con­trer les chefs Innus pour leur dire, au nom de nous tous qui y vivons, un vibrant merci d’avoir per­mis à Cham­plain d’occuper une par­tie de ce qui était alors leur territoire.


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