Pour que 1608–2008 ne soit pas une fête de l’oubli
Combien savent que le Québec aurait pu être passablement différent dans sa composition ethnique? Combien savent aussi que si les Québécois sont différents des Français, on le doit en bonne partie à l’interculturalité entre les premiers Européens venus de France et les peuples qui vivaient ici? Que fêtons-nous au juste, cet été, à Québec? Nous avons, encore aujourd’hui, une image tellement européenne de notre nation québécoise que nous érigeons Québec comme un fort et un phare construits et allumés depuis l’autre côté de l’Amérique. Or, la vérité c’est que nous avons plutôt éteint les nations vivant ici et que malgré tout elles nous ont profondément transformés. Nous sommes un paradoxe de l’histoire.
Je viens de terminer l’écoute du bar des sciences Québec est-elle une invention amérindienne? (Les Années lumière | Radio-Canada.ca). Une question fondamentale y a été posée par un de ceux qui étaient dans la salle (Jonathan Lainey, Wendat, spécialiste des échanges entre les premiers Français et les Amérindiens) : qu’est-ce que ça donne tout ce que nous apprenons sur les peuples qui étaient ici quand Champlain s’installe en 1608?
La question était essentielle, mais il m’en vient une autre: pourquoi apprenons-nous si mal ce que nous sommes devenus à leur contact et ce que nous leur avons fait?
D’abord, il faut dissiper un premier malentendu: si Champlain a pu s’installer à Québec, c’est parce que les Innus lui en avaient donné la permission. Sans cette permission, accordée avec le but très intéressé de profiter de la présence des Français pour obtenir des biens matériels de cette «autre planète» (l’expression est de Serge Bouchard) qu’est alors l’Europe pour les peuples vivant ici, Champlain et ces hommes n’auraient jamais pu «fonder» Québec.
Autre malentendu à dissiper: les populations vivant au Québec à l’époque de Champlain étaient beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croit généralement. Les épidémies qui ont traversé l’Atlantique avec les Français ont décimé jusqu’à 90% des populations des peuples occupant le territoire du Québec (Innus, Algonquins, etc.).
Malgré cette hécatombe, nous devons beaucoup aux peuples autochtones. Pas seulement parce qu’ils ont influencé notre comportement, notre attitude face à la vie, nos valeurs même, mais aussi parce que nous avons plus ou moins mélangé nos gênes.
Comment faire maintenant pour réparer les pots cassés? Le sort des enfants placés de force dans des pensionnats n’est qu’une des histoires d’horreur qu’ont vécu les peuples autochtones.
Il y a tant de squelettes dans le placard.
Il y a encore beaucoup à faire pour réparer les erreurs du passé.
Il y a aussi beaucoup à expliquer aux jeunes Québécois pour que l’attitude de mépris cesse.
En attendant, le maire de Québec devrait aller rencontrer les chefs Innus pour leur dire, au nom de nous tous qui y vivons, un vibrant merci d’avoir permis à Champlain d’occuper une partie de ce qui était alors leur territoire.
