Les médias nous trompent parfois. Les autres fois, nous nous trompons nous-mêmes.

Selon l’ancien maire L’Allier, les citoyens qui contestent par référendum seraient en conflit d’intérêts

Dans une chro­nique toute récente inti­tu­lée La vache sacrée de la démo­cra­tie, Fran­çois Bourque du jour­nal Le Soleil attire notre atten­tion sur un rap­port sou­mis par l’ex-maire Jean-Paul L’Allier, Me Denis Bou­tin et Sébas­tien Laprise. À sa sug­ges­tion, je l’ai demandé au Greffe de la Ville de Qué­bec qui s’est empressé de me le faire par­ve­nir (cv-2008–0712-dg2008-103). Le rap­port pro­pose l’abolition des registres et des réfé­ren­dums sur les règle­ments d’urbanisme en échange d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des citoyens en amont des déci­sions des élus. Faut-il abo­lir les réfé­ren­dums dans les villes? Quand on sait que le rap­port L’Allier a été dis­cuté et approuvé par les élus de Qué­bec en juillet der­nier et qu’à ma connais­sance il n’en est ques­tion publi­que­ment qu’aujourd’hui, poser la ques­tion c’est y répondre.

Une phrase du rap­port m’a par­ti­cu­liè­re­ment étonné : «le pro­ces­sus d’approbation réfé­ren­daire accorde une place pré­pon­dé­rante à des per­sonnes qui sont en conflit d’intérêts» (page 18 du rap­port). L’objectif même de la Loi est de faire en sorte que les citoyens immé­dia­te­ment concer­nés par un chan­ge­ment dans la régle­men­ta­tion qui déter­mine l’aménagement de milieu de vie puissent le contes­ter par voie réfé­ren­daire. Les auteurs du rap­port ont rai­son de sou­li­gner qu’il s’agit d’une pro­cé­dure coû­teuse, mais il ne s’agit cer­tai­ne­ment pas d’un conflit d’intérêts. Quand on sait à quel point les pro­mo­teurs ont le haut du pavé dans les villes, avec comme résul­tat un étale­ment urbain et cer­taines hor­reurs urba­nis­tiques dont on paie le prix fort aujourd’hui, il est iro­nique d’accuser les citoyens concer­nés d’être en «conflit d’intérêts».

Assez curieu­se­ment, le rap­port prend acte, dans les para­graphes qui suivent, des efforts faits par des muni­ci­pa­li­tés pour consul­ter leurs citoyens en amont, recon­nais­sant que ces efforts «favo­risent géné­ra­le­ment une meilleure trans­pa­rence et rehaussent le niveau de confiance des citoyens envers les choix poli­tiques des élus». En somme, la recette est simple : assurez-vous de mettre les citoyens concer­nés dans le coup très tôt et pre­nez en consi­dé­ra­tion ce qu’ils vous disent.

Sans jamais don­ner d’exemples, les auteurs du rap­port accusent à plu­sieurs reprises les citoyens se pré­valent du droit au réfé­ren­dum de le faire d’abord pour leurs propres inté­rêts, voire à des fins essen­tiel­le­ment com­mer­ciales ou par­ti­sanes. On aurait aimé plus de précision.

Selon eux, si les citoyens sont infor­més dès le départ «com­plè­te­ment de tous les aspects de l’objet au sujet duquel ils seront consul­tés“ et ce, «dans un for­mat acces­sible aux citoyens», selon des cri­tères stricts pré­vus par le légis­la­teur, alors les citoyens ne devraient plus avoir droit de s’opposer par réfé­ren­dum à une déci­sion des élus.

Fort bien, sauf que la sagesse popu­laire a une réponse toute faite à ce genre de situa­tion : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.


One Response to “Selon l’ancien maire L’Allier, les citoyens qui contestent par référendum seraient en conflit d’intérêts”

  1. […] à tort ou à rai­son, cette inter­pré­ta­tion… Petit résumé de ces réflexions dans le blogue Citoyen Michel : «Sans jamais don­ner d’exemples, les auteurs du rap­port accusent à plu­sieurs reprises […]

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes

Staypressed theme by Themocracy