Le Web entre adultes consentants
Philippe Martin (@philippemartin) m’a fait découvrir un article d’Hamilton Nolan portant sur la décision controversée du juge américain Richard Posner. En résumé, le juge Posner propose qu’il soit non seulement interdit de mettre un extrait d’un contenu protégé par droit d’auteur sur notre blogue ou autre moyen de diffusion Web, mais même de lier vers un contenu protégé, sans le consentement de celui qui l’a publié.
Imaginons un seul instant qu’une telle décision ait été appliquée dès les premiers pas de ce qui allait devenir, dans l’imaginaire populaire, Internet!
Je ne suis pas grand-papa, mais je suis assez vieux pour me rappeler de l’époque des Gophers. Déjà alors, l’idée était de diffuser le plus largement possible l’information rendue disponible sur des serveurs en réseau. L’hyperlien du temps devait être le chemin vers un endroit précis dans un Gopher donné, transmis via courriel ou dans les babillards électroniques du temps. Les bibliothécaires se grattèrent la tête quand vint le temps de citer correctement toutes ces nouvelles sources documentaires.
Personne alors n’imaginait qu’un juge allait remettre en question ce qui allait devenir le fondement du Web: pouvoir hyperlier spontanément des contenus sans avoir, pour chacun des liens, à demander la permission.
Expanding copyright law to bar online access to copyrighted materials without the copyright holder’s consent, or to bar linking to or paraphrasing copyrighted materials without the copyright holder’s consent, might be necessary to keep free riding on content financed by online newspapers from so impairing the incentive to create costly news-gathering operations that news services like Reuters and the Associated Press would become the only professional, nongovernmental sources of news and opinion.
Richard Posner
Twitter, la dernière coqueluche du Web qui doit une grande partie de son succès à cette coutume, n’aurait sans doute pas l’ampleur que l’on connaît sans l’habitude de citer toutes sortes de sources, y compris des sources protégées par le droit d’auteur. Et que dire des Digg et autres Delicious de ce monde!
Vous voulez mesurer l’impact qu’aurait la recommandation du juge Posner si elle devait être mise en application? Imaginez le temps qu’il faudrait mettre pour vérifier et, le cas échéant, obtenir la permission de mettre des hyperliens dans tout ce qui se publie sur le Net.
Il serait beau le Web entre adultes consentants.
Hamilton Nolan, Let’s Screw Up the Entire Internet to Save Newspapers.
P.s.: je n’ai demandé la permission ni à Philippe Martin, ni à Hamilton Nolan

MAJ: d’autres réactions à la proposition du juge Posner: http://bit.ly/Ttuch