Deux demi-vérités sur l’école québécoise
En lisant l’article Le Québec toujours aussi mauvais élève d’Ariane Lacoursière (La Presse), j’ai été étonné à la fois du titre trompeur et du choix de placer un fait pourtant essentiel à la toute fin: «Alors que le taux de réussite aux épreuves ministérielles a été de 82% au public, 95% des élèves du privé ont réussi leurs examens.» Mais encore?
La sélection est un processus par lequel on obtient des sujets de meilleure qualité. Les résultats scolaires des écoles privées résultent essentiellement de ce processus. En contrepartie, les élèves des écoles publiques ont forcément une moins bonne moyenne que ceux du privé. La stimulation par les pairs (les meilleurs servant d’exemples aux autres) y est aussi, disons, plus déficiente.
Les écoles privées ne sont pas les seules à faire de la sélection d’élèves. Les programmes publics sélectifs drainent eux aussi les meilleurs élèves. Il n’y a pratiquement pas de décrocheurs dans les écoles privées et dans les programmes du public sélectionnant les élèves dans le but de concurrencer le privé.
La question se pose: est-ce que les enseignants du privé et du public sélectif sont meilleurs que ceux du public non sélectif? Est-ce que ce ne serait pas plutôt l’écrémage au détriment du public «ordinaire» qui explique la plus grande difficulté à y faire progresser les élèves?
Les performances des élèves québécois pourraient être meilleures et il y a tout à parier qu’elles le seraient dans un système scolaire moins sélectif. Mais est-ce que les résultats dont fait part l’article d’Ariane Lacoursière justifient de titrer que le Québec est toujours aussi mauvais élève?
Le professeur Pierre Lapointe soulignait en novembre dernier que «dans les examens internationaux, le Québec se situe dans le peloton de tête des 10 meilleurs» (A-t-on atteint un plafond dans la diplomation au secondaire?). Il rappelait aussi que notre taux de diplomation a fait un bond formidable en 40 ans et qu’il se compare avantageusement au taux moyen de pays comparables (les pays de l’OCDE).
On peut certes faire mieux, mais est-il nécessaire pour cela de s’autoflageller?
