Kioske médias tire sur les pensionnés
Le 31 juillet dernier, on pouvait lire ce qui suit sur le site de Kioske médias: «pour réduire leurs coûts, un nombre croissant d’employeurs remplacent leurs copieux fonds de retraite à prestations déterminées par des programmes à cotisations déterminées, où l’employé assume le risque. Exception à la règle : le secteur public.» J’ai rarement lu une aussi superbe ânerie.
Ce qui coûte cher aux employeurs, ce ne sont pas les régimes à prestations déterminées, mais plutôt la spéculation à outrance qui a caractérisé l’attitude des investisseurs chargés de faire en sorte que ces fonds de pension soient rentables.
Ce n’est pas moi qui le dit, mais (en termes plus polis) l’Institut canadien des actuaires: «Au cours des dernières années toutefois, de nombreux facteurs conjugués ont contribué à menacer l’existence même de ces régimes et les tendances du marché laissent croire à un virage vers les régimes CD [à cotisations déterminées]. Cet état de fait est malheureux, étant donné que les régimes PD [à prestations déterminées] ont l’avantage de garantir une certaine certitude en ce qui a trait aux prestations qui seront versées aux participants des régimes.»
Avant d’écrire une telle connerie, Kioske média aurait mieux fait de procéder comme moi à une petite recherche de 30 secondes sur le Web.
Non seulement est-ce totalement stupide, mais en plus cela laisse entendre que les revenus de retraite du privé comme du public doivent être laissés entre les mains de ces zoufs de la finance qui empochent des primes faramineuses même quand les rendements sont négatifs.
Au lieu de prêcher en faveur des voleurs de Wall street qui ne demandent pas mieux que de voir se multiplier les régimes à cotisations déterminées, Kioske média devrait réclamer une réforme des régimes de pension qui fasse en sorte que toute personne y ayant contribué ne se retrouve plus dans un cul-de-sac une fois la retraite venue.
Ça mérite vraiment une invitation.


En fait, ma perception, c’est que le problème des coûts des régimes de pensions à prestation déterminée, c’est que les deux principales parties prenantes (l’employeur et les employés) ont tous les deux intérêt à se raconter des menteries sur la performance prévue des fonds, afin de réduire les coûts récurrents du régime.
Si on estime que le rendement du fonds sera de 15% pour les 25 prochaines années, ça fait des cotisations beaucoup plus petites, à la fois pour les employés et l’employeur, pendant la durée du régime que si on estime un rendement de 7–8%.
En fait, si jai bien compris, ces régimes sont basés sur des des hypothèses et méthodes actuarielles acceptées par les deux parties. Les actuaires vont répondre que ces hypothèses sont faites au meilleur de leur connaissance. Je serais étonné que les employeurs et employés puissent dicter les hypothèses aux actuaires. En revanche, adhérer à un régime à cotisation déterminée équivaut à se livrer pieds et poings liés aux gestionnaires de portefeuille. Le problème est que c’est notre niveau de vie à la retraite qui est en jeu. Avouons que ce n’est pas tout à fait comme de décider volontairement de jouer à la bourse.
J’ajoute en passant que les qualificatifs de «copieux fonds de retraite» et «rente dorée» utilisés dans le billet de Kioske média sont particulièrement choquants pour décrire des régimes qui ne visent au fond qu’à maintenir un niveau de vie convenable (les 2/3 du salaire) à la retraite. En revanche, plus de 33 milliards de bonus ont été versés à Wall Street en 2008. Il faut le faire!
Tu dis «ces régimes sont basés sur des des hypothèses et méthodes actuarielles acceptées par les deux parties» et c’est là qu’est la clé.
Les méthodes (et hypothèses de bases) actuarielles sont présentées et acceptées par le comité de gestion du fonds de pension… qui est composé de membres du personnels et de l’employeur.
Je recommande la lecture de cet article (http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=alwTE0Z5.1EA) pour comprendre comment les employés et employeurs peuvent influencer la stratégie des gestionnaires de fonds.
Pour les qualificatifs, je les classe tout simplement dans la catégorie «jalousie»… en partant du principe que la personne qui a écrit le texte ne bénéficie pas d’un tel plan pour la retraite, et si on admet que c’est la base pour maintenir un niveau de vie convenable (je suis encore indécis sur ce point, mais c’est un autre débat), c’est normal que quelqu’un regarde avec envie ces plans qui paraissent généreux.
Ce qui se passe aussi, c’est lorsque les comités de retraite se rencontrent, pour étudier les rendements des fonds et vers quel types de placements les sommes d’argents seront investies, les représentants des employés sont placés devant le fait établi, et les décisions sont déjà prises et ils n’ont rien à dire, à part poser des questions.
En fait, les représentants des employés ne servent qu’à être intermédiaires entre le comité de retraite et les employés, si ils veulent des informations.
C’est un peu pour cette raison, que je n’envisage pas à renouveler mon mandat qui prend fin cette année.
J’ai lu l’article de David Evans. Il a mis le doigt sur un gros bobo, la gestion mal foutue de plusieurs fonds de pension publics aux États-Unis.
Au Canada, les employeurs du secteur privé tendent à migrer vers des plans à contribution déterminée pour réduire leurs coûts http://is.gd/2jHg7 mais cela signifie que leurs employés risquent de se retrouver avec des pensions réduites. Est-ce vraiment cela que nous voulons? N’oublions pas que si les personnes retraitées doivent dans le futur se serrer la ceinture, c’est toute l’économie qui va en pâtir.
Curieusement, une grande majorité de salariés du secteur privé au Canada ont un plan à prestation déterminée et personne ne leur reproche leurs «rentes dorées». Pourquoi est-ce bien dans un cas et mal dans l’autre? Préjugés? Jalousie?
@ Larry : merci de ce commentaire qui remet les choses dans une juste perspective. Je ne sais pas sous quel type de régime vous êtes, mais j’avais lu par ailleurs que les employeurs conservent la responsabilité de la gestion des fonds de pension même quand ils sont à cotisation déterminée.
[…] Je vous suggère donc (quitte à faire de la publicité pour la «compétition»!) d’aller lire la discussion sur le site de Michel Monette. […]