Les médias nous trompent parfois. Les autres fois, nous nous trompons nous-mêmes.

Kioske médias tire sur les pensionnés

Le 31 juillet der­nier, on pou­vait lire ce qui suit sur le site de Kioske médias: «pour réduire leurs coûts, un nombre crois­sant d’employeurs rem­placent leurs copieux fonds de retraite à pres­ta­tions déter­mi­nées par des pro­grammes à coti­sa­tions déter­mi­nées, où l’employé assume le risque. Excep­tion à la règle : le sec­teur public.» J’ai rare­ment lu une aussi superbe ânerie.

Ce qui coûte cher aux employeurs, ce ne sont pas les régimes à pres­ta­tions déter­mi­nées, mais plu­tôt la spé­cu­la­tion à outrance qui a carac­té­risé l’attitude des inves­tis­seurs char­gés de faire en sorte que ces fonds de pen­sion soient rentables.

Ce n’est pas moi qui le dit, mais (en termes plus polis) l’Institut cana­dien des actuaires: «Au cours des der­nières années tou­te­fois, de nom­breux fac­teurs conju­gués ont contri­bué à mena­cer l’existence même de ces régimes et les ten­dances du mar­ché laissent croire à un virage vers les régimes CD [à coti­sa­tions déter­mi­nées]. Cet état de fait est mal­heu­reux, étant donné que les régimes PD [à pres­ta­tions déter­mi­nées] ont l’avantage de garan­tir une cer­taine cer­ti­tude en ce qui a trait aux pres­ta­tions qui seront ver­sées aux par­ti­ci­pants des régimes.»

Avant d’écrire une telle conne­rie, Kioske média aurait mieux fait de pro­cé­der comme moi à une petite recherche de 30 secondes sur le Web.

Non seule­ment est-ce tota­le­ment stu­pide, mais en plus cela laisse entendre que les reve­nus de retraite du privé comme du public doivent être lais­sés entre les mains de ces zoufs de la finance qui empochent des primes fara­mi­neuses même quand les ren­de­ments sont négatifs.

Au lieu de prê­cher en faveur des voleurs de Wall street qui ne demandent pas mieux que de voir se mul­ti­plier les régimes à coti­sa­tions déter­mi­nées, Kioske média devrait récla­mer une réforme des régimes de pen­sion qui fasse en sorte que toute per­sonne y ayant contri­bué ne se retrouve plus dans un cul-de-sac une fois la retraite venue.

Ça mérite vrai­ment une invi­ta­tion.


7 Responses to “Kioske médias tire sur les pensionnés”

  1. Nicolas Beaumont-Frenette (2 comments) says:

    En fait, ma per­cep­tion, c’est que le pro­blème des coûts des régimes de pen­sions à pres­ta­tion déter­mi­née, c’est que les deux prin­ci­pales par­ties pre­nantes (l’employeur et les employés) ont tous les deux inté­rêt à se racon­ter des men­te­ries sur la per­for­mance pré­vue des fonds, afin de réduire les coûts récur­rents du régime.

    Si on estime que le ren­de­ment du fonds sera de 15% pour les 25 pro­chaines années, ça fait des coti­sa­tions beau­coup plus petites, à la fois pour les employés et l’employeur, pen­dant la durée du régime que si on estime un ren­de­ment de 7–8%.

  2. Michel Monette (127 comments) says:

    En fait, si jai bien com­pris, ces régimes sont basés sur des des hypo­thèses et méthodes actua­rielles accep­tées par les deux par­ties. Les actuaires vont répondre que ces hypo­thèses sont faites au meilleur de leur connais­sance. Je serais étonné que les employeurs et employés puissent dic­ter les hypo­thèses aux actuaires. En revanche, adhé­rer à un régime à coti­sa­tion déter­mi­née équi­vaut à se livrer pieds et poings liés aux ges­tion­naires de por­te­feuille. Le pro­blème est que c’est notre niveau de vie à la retraite qui est en jeu. Avouons que ce n’est pas tout à fait comme de déci­der volon­tai­re­ment de jouer à la bourse.

    J’ajoute en pas­sant que les qua­li­fi­ca­tifs de «copieux fonds de retraite» et «rente dorée» uti­li­sés dans le billet de Kioske média sont par­ti­cu­liè­re­ment cho­quants pour décrire des régimes qui ne visent au fond qu’à main­te­nir un niveau de vie conve­nable (les 2/3 du salaire) à la retraite. En revanche, plus de 33 mil­liards de bonus ont été ver­sés à Wall Street en 2008. Il faut le faire!

  3. Nicolas Beaumont-Frenette (2 comments) says:

    Tu dis «ces régimes sont basés sur des des hypo­thèses et méthodes actua­rielles accep­tées par les deux par­ties» et c’est là qu’est la clé.

    Les méthodes (et hypo­thèses de bases) actua­rielles sont pré­sen­tées et accep­tées par le comité de ges­tion du fonds de pen­sion… qui est com­posé de membres du per­son­nels et de l’employeur.

    Je recom­mande la lec­ture de cet article (http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=alwTE0Z5.1EA) pour com­prendre com­ment les employés et employeurs peuvent influen­cer la stra­té­gie des ges­tion­naires de fonds.

    Pour les qua­li­fi­ca­tifs, je les classe tout sim­ple­ment dans la caté­go­rie «jalou­sie»… en par­tant du prin­cipe que la per­sonne qui a écrit le texte ne béné­fi­cie pas d’un tel plan pour la retraite, et si on admet que c’est la base pour main­te­nir un niveau de vie conve­nable (je suis encore indé­cis sur ce point, mais c’est un autre débat), c’est nor­mal que quelqu’un regarde avec envie ces plans qui paraissent généreux.

  4. Larry (1 comments) says:

    Ce qui se passe aussi, c’est lorsque les comi­tés de retraite se ren­contrent, pour étudier les ren­de­ments des fonds et vers quel types de pla­ce­ments les sommes d’argents seront inves­ties, les repré­sen­tants des employés sont pla­cés devant le fait établi, et les déci­sions sont déjà prises et ils n’ont rien à dire, à part poser des questions.

    En fait, les repré­sen­tants des employés ne servent qu’à être inter­mé­diaires entre le comité de retraite et les employés, si ils veulent des informations.

    C’est un peu pour cette rai­son, que je n’envisage pas à renou­ve­ler mon man­dat qui prend fin cette année.

  5. Michel Monette (127 comments) says:

    J’ai lu l’article de David Evans. Il a mis le doigt sur un gros bobo, la ges­tion mal fou­tue de plu­sieurs fonds de pen­sion publics aux États-Unis.

    Au Canada, les employeurs du sec­teur privé tendent à migrer vers des plans à contri­bu­tion déter­mi­née pour réduire leurs coûts http://is.gd/2jHg7 mais cela signi­fie que leurs employés risquent de se retrou­ver avec des pen­sions réduites. Est-ce vrai­ment cela que nous vou­lons? N’oublions pas que si les per­sonnes retrai­tées doivent dans le futur se ser­rer la cein­ture, c’est toute l’économie qui va en pâtir.

    Curieu­se­ment, une grande majo­rité de sala­riés du sec­teur privé au Canada ont un plan à pres­ta­tion déter­mi­née et per­sonne ne leur reproche leurs «rentes dorées». Pour­quoi est-ce bien dans un cas et mal dans l’autre? Pré­ju­gés? Jalousie?

  6. Michel Monette (127 comments) says:

    @ Larry : merci de ce com­men­taire qui remet les choses dans une juste pers­pec­tive. Je ne sais pas sous quel type de régime vous êtes, mais j’avais lu par ailleurs que les employeurs conservent la res­pon­sa­bi­lité de la ges­tion des fonds de pen­sion même quand ils sont à coti­sa­tion déterminée.

  7. […] Je vous sug­gère donc (quitte à faire de la publi­cité pour la «com­pé­ti­tion»!) d’aller lire la dis­cus­sion sur le site de Michel Monette. […]

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes

Staypressed theme by Themocracy