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L’aide internationale canadienne entre indifférence et propagande

Date: 2009/08/17

Le gou­ver­ne­ment fédé­ral dépense un peu plus de 4 mil­liards de dol­lars chaque année en aide inter­na­tio­nale. Cette somme devrait atteindre les 5 mil­liards en 2010–2011 si l’on se fie au bud­get fédé­ral 2008. Pour­tant, les médias qué­bé­cois s’intéressent peu à ce qu’il advient de ces sommes, ou même de savoir si le jeu en vaut la chandelle.

Les Objec­tifs du mil­lé­naire pour le déve­lop­pe­ment votés par les pays membres de l’ONU à l’aube de l’An 2000 ne vont nulle part, consta­tait Jean-Marc Sal­vet (Le Soleil) dans un édito­rial publié le 8 mars der­nier. «La faute à qui? À notre indif­fé­rence», concluait son éditorial.

Certes, le sujet est com­plexe. Il demande un niveau de suivi que n’offrent pas ou peu nos médias.

Il y a bien eu un sur­saut d’intérêt pour l’aide inter­na­tio­nale en avril der­nier, Mont­réal deve­nant le centre d’intérêt du monde le temps d’un Som­met du mil­lé­naire. Mais qui s’intéresse vrai­ment à ce que fait de nos sous le gou­ver­ne­ment cana­dien et l’Agence cana­dienne de déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (ACDI)? Quel jour­nal, quel radio­dif­fu­seur, quel télé­dif­fu­seur affecte ne serait-ce qu’un jour­na­liste à la cou­ver­ture de l’aide internationale?

J’entends d’ici la réponse: ce ne serait pas ven­deur. Et nos poli­ti­ciens ajouteront

…disons qu’assurément, une aide d’urgence, annon­cée en grande pompe et chif­frée en espèces son­nantes, garan­tit à son auteur un cré­neau de choix dans les médias. Mais la véri­table aide inter­na­tio­nale, celle qui s’érige labo­rieu­se­ment dans le temps, celle-là est moins accrocheuse.

Qui a dit cela? Monique Gagnon-Tremblay, alors ministre des Rela­tions inter­na­tio­nales du Qué­bec, à l’ouverture du col­loque « Les médias : entre­pre­neurs ou rap­por­teurs de la mon­dia­li­sa­tion ? » qui avait lieu en mai 2006. Je viens sans doute de vous éton­ner. Vous ne saviez pas que le Qué­bec a déve­loppé une pra­tique d’aide inter­na­tio­nale struc­tu­rée qui repré­sente envi­ron 30 mil­lions de dol­lars par année.

Je ne dis pas qu’il n’y a aucune cou­ver­ture média­tique de l’aide inter­na­tio­nale. Je dis par contre que cette cou­ver­ture est faible et que nous en savons très peu sur les orien­ta­tions qui déter­minent ce à quoi va ser­vir cette aide. Qui connait par exemple son degré actuel de mili­ta­ri­sa­tion? Qui com­prend le méca­nisme en vertu duquel l’aide est liée à l’achat de biens et ser­vices cana­diens (quoiqu’on nous pro­met que ce ne sera plus le cas)? Qui peut se dire bien informé de l’évolution dans le temps des pays que nous aidons?

Il y a pire. Même quand un article ou une émis­sion aborde la ques­tion, qui sait s’ils ne sont pas biai­sés parce que finan­cés par L’Initiative Médias de masse de l’Agence cana­dienne de déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (ACDI), laquelle exige des pro­jets média­tiques qu’elle sou­tient qu’ils «com­portent un aspect de la par­ti­ci­pa­tion cana­dienne qui sou­ligne les résul­tats obte­nus grâce aux contri­bu­tions canadiennes»?

Il est rare qu’on morde la main de celui qui nous nour­rit, mais au bout du compte Sal­vet a peut-être rai­son. Who CARE?


Filed under: Société
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