L’aide internationale canadienne entre indifférence et propagande
Le gouvernement fédéral dépense un peu plus de 4 milliards de dollars chaque année en aide internationale. Cette somme devrait atteindre les 5 milliards en 2010–2011 si l’on se fie au budget fédéral 2008. Pourtant, les médias québécois s’intéressent peu à ce qu’il advient de ces sommes, ou même de savoir si le jeu en vaut la chandelle.
Les Objectifs du millénaire pour le développement votés par les pays membres de l’ONU à l’aube de l’An 2000 ne vont nulle part, constatait Jean-Marc Salvet (Le Soleil) dans un éditorial publié le 8 mars dernier. «La faute à qui? À notre indifférence», concluait son éditorial.
Certes, le sujet est complexe. Il demande un niveau de suivi que n’offrent pas ou peu nos médias.
Il y a bien eu un sursaut d’intérêt pour l’aide internationale en avril dernier, Montréal devenant le centre d’intérêt du monde le temps d’un Sommet du millénaire. Mais qui s’intéresse vraiment à ce que fait de nos sous le gouvernement canadien et l’Agence canadienne de développement international (ACDI)? Quel journal, quel radiodiffuseur, quel télédiffuseur affecte ne serait-ce qu’un journaliste à la couverture de l’aide internationale?
J’entends d’ici la réponse: ce ne serait pas vendeur. Et nos politiciens ajouteront
…disons qu’assurément, une aide d’urgence, annoncée en grande pompe et chiffrée en espèces sonnantes, garantit à son auteur un créneau de choix dans les médias. Mais la véritable aide internationale, celle qui s’érige laborieusement dans le temps, celle-là est moins accrocheuse.
Qui a dit cela? Monique Gagnon-Tremblay, alors ministre des Relations internationales du Québec, à l’ouverture du colloque « Les médias : entrepreneurs ou rapporteurs de la mondialisation ? » qui avait lieu en mai 2006. Je viens sans doute de vous étonner. Vous ne saviez pas que le Québec a développé une pratique d’aide internationale structurée qui représente environ 30 millions de dollars par année.
Je ne dis pas qu’il n’y a aucune couverture médiatique de l’aide internationale. Je dis par contre que cette couverture est faible et que nous en savons très peu sur les orientations qui déterminent ce à quoi va servir cette aide. Qui connait par exemple son degré actuel de militarisation? Qui comprend le mécanisme en vertu duquel l’aide est liée à l’achat de biens et services canadiens (quoiqu’on nous promet que ce ne sera plus le cas)? Qui peut se dire bien informé de l’évolution dans le temps des pays que nous aidons?
Il y a pire. Même quand un article ou une émission aborde la question, qui sait s’ils ne sont pas biaisés parce que financés par L’Initiative Médias de masse de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), laquelle exige des projets médiatiques qu’elle soutient qu’ils «comportent un aspect de la participation canadienne qui souligne les résultats obtenus grâce aux contributions canadiennes»?
Il est rare qu’on morde la main de celui qui nous nourrit, mais au bout du compte Salvet a peut-être raison. Who CARE?
