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Les journalistes aiment l’école privée

Date: 2009/08/21

Marie-Andrée Choui­nard vient de jeter tout un pavé dans la mare jour­na­lis­tique du Qué­bec : «…la classe poli­tique — et jour­na­lis­tique, n’en fai­sons aucun mys­tère — a de tout temps poussé sa mar­maille vers le privé.» (Écoles pri­vées– Panier de crabes). Ainsi, les jour­na­listes seraient des parents de la classe moyenne comme les autres, ce dont on se doute bien. Mais ne seraient-ils pas aussi des jour­na­listes de la classe moyenne? Pour le savoir, il fau­drait faire une ana­lyse de la façon dont ils rendent compte du débat plus glo­bal entre le public et le privé.

Mais reve­nons au trai­te­ment média­tique du public/privé en ensei­gne­ment. Un des rares à le faire, en février der­nier, Michel David (aussi du jour­nal Le Devoir, comme par hasard), met­tait le doigt sur le bobo en rap­pe­lant le témoi­gnage d’une ensei­gnante qui avait séjourné plu­sieurs années à Toronto avant de reve­nir à Mont­réal : «Elle avait alors réa­lisé qu’à Toronto, où l’école pri­vée n’est pas sub­ven­tion­née par l’État, tout le monde ou presque envoyait ses enfants à l’école publique, alors que le tiers des élèves mont­réa­lais, ceux qui en ont les moyens et qui sont jugés suf­fi­sam­ment per­for­mants, fré­quentent main­te­nant l’école privée.»

Pour ceux qui croient que Le Devoir regorge de méchants gau­chistes, Michèle Oui­met sou­li­gnait aussi en février der­nier à quel point sur l’Ile de Mont­réal le public est vic­time de l’engouement pour le privé, et même le privé dans le public, c’est-à-dire les écoles publiques qui sélec­tionnent leurs élèves (Abo­lis­sons les sub­ven­tions à l’école pri­vée).

C’est comme l’histoire des habits invi­sibles du roi nu. Tout le monde sait que l’école publique non sélec­tive est dépouillée de ses meilleurs éléments et en souffre, mais à peu près per­sonne ne va vrai­ment s’en plaindre. Après tout, la classe moyenne, dont font par­tie les jour­na­listes, avec les mêmes pré­ju­gés en tête, est bien contente de pou­voir s’offrir l’école pri­vée au rabais. En Onta­rio, ça coûte la peau des fesses!

Rappelez-vous les pre­mières publi­ca­tions du pal­ma­rès des écoles de l’Institut écono­mique de Mont­réal L’actualité. Ce pal­ma­rès était un tel scan­dale média­tique que la der­nière mou­ture pon­dé­rait les résul­tats en fonc­tion du fait que l’école sélec­tionne ou non les élèves. Quel jour­na­liste, les pre­mières années de sa publi­ca­tion, s’en for­ma­li­sait (c’est une ques­tion, non pas une cri­tique, puisque je n’ai pas pu véri­fier)? Peut-être étaient-ils légions à avoir com­pris le tour de passe-passe de l’IEDM et de L’Actualité mais que leurs employeurs les ont censurés?

Michèle Oui­met ter­mi­nait son texte par ce para­graphe: «les poli­ti­ciens ne veulent pas en entendre par­ler [de l’abolition des sub­ven­tions au privé]. Il n’y a même pas de débat. Et il n’y en aura pas tant qu’ils conti­nue­ront à envoyer leurs enfants au privé. En com­men­çant par la ministre de l’Éducation, Michelle Cour­chesne, qui a choisi le privé pour ses fils.»

En com­men­çant aussi par les diri­geants des médias et les jour­na­listes qui y œuvrent?


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3 Comments

  1. Com­men­taire à la sau­vette (J’ai failli écrire “On the fly’!)

    Deux points:

    1) Il n’y a pas de véri­table école pri­vée au Qc. Toutes sont “semi-publiques” et vont à l’encontre d’un prin­cipe auquel je tiens: « Entre­prise pri­vée, finan­ce­ment privé.» et pas seule­ment dans l’éducation.

    2) La source prin­ci­pale de l’engouement pour les écoles pri­vées (en par­ti­cu­lier à Mont­réal) prend sa source dans l’égalitarisme idiot qui consiste à admettre que n’importe qui peut fré­quen­ter les écoles publiques “géné­rales” ce qui est “cor­rect” dans le cas par exemple des han­di­ca­pés mais l’est beau­coup moins quand il s’agit de “graines de ban­dits”, de bums et autre voyous taxeurs, pushers et futurs “bien connus de la police’! N’importe qui ayant les moyens de le faire pré­fère envoyer ses enfants dans une école ‘Bums Free” que dans les pétau­dières publiques. Qui leur don­ne­rait tort?

    Solu­tions possible?

    a) Les cas pro­blèmes dans des écoles spé­cia­li­sées (en par­tie payées par les parents de ces “cas”!) Ou en plus bru­tal: les bums à Bos­co­ville (c’était pas une bonne idée?)

    b) les écoles publiques diri­gées par de véri­tables éduca­teurs et non comme c’est le cas par des admi­nis­tra­teurs. (Par ex.: Selon une de mes sources: les horaires sco­laires sont déter­mi­nés par exemple par les contraintes des com­pa­gnies de trans­port sco­laire et non pour des rai­sons pédagogiques).

    On com­mence par là.

    Parole aux autres main­te­nant. :)

  2. Michel Monette (128 comments) says:

    Sur ton pre­mier point je suis tota­le­ment d’accord. Ou bien les écoles pri­vées le deviennent entiè­re­ment, ou bien elles sont publiques et alors cessent de sélec­tion­ner les élèves.

    Sur ton deuxième point, il fau­drait com­pa­rer avec l’Ontario ou, par exemple la Fin­lande, mais j’ai des doutes. Quelqu’un pour­rait nous éclairer?

    La pre­mière étape pour que l’école publique soit meilleure, c’est qu’on décide enfin qu’au Qué­bec l’éducation est publique et que les écoles sont ouvertes à tous les enfants. Si cer­tains doivent fré­quen­ter une école pour cas pro­blèmes (parce qu’il aura été démon­trée que c’est la meilleure solu­tion), soit. Mais il fau­drait ces­ser d’être hypo­crite en s’en pre­nant à l’école publique tout en sachant que les dés sont pipés.

  3. Michel Monette (128 comments) says:

    Ce com­men­taire me per­met de véri­fier le fonc­tion­ne­ment de intensedebate.

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