Les journalistes aiment l’école privée
Marie-Andrée Chouinard vient de jeter tout un pavé dans la mare journalistique du Québec : «…la classe politique — et journalistique, n’en faisons aucun mystère — a de tout temps poussé sa marmaille vers le privé.» (Écoles privées– Panier de crabes). Ainsi, les journalistes seraient des parents de la classe moyenne comme les autres, ce dont on se doute bien. Mais ne seraient-ils pas aussi des journalistes de la classe moyenne? Pour le savoir, il faudrait faire une analyse de la façon dont ils rendent compte du débat plus global entre le public et le privé.
Mais revenons au traitement médiatique du public/privé en enseignement. Un des rares à le faire, en février dernier, Michel David (aussi du journal Le Devoir, comme par hasard), mettait le doigt sur le bobo en rappelant le témoignage d’une enseignante qui avait séjourné plusieurs années à Toronto avant de revenir à Montréal : «Elle avait alors réalisé qu’à Toronto, où l’école privée n’est pas subventionnée par l’État, tout le monde ou presque envoyait ses enfants à l’école publique, alors que le tiers des élèves montréalais, ceux qui en ont les moyens et qui sont jugés suffisamment performants, fréquentent maintenant l’école privée.»
Pour ceux qui croient que Le Devoir regorge de méchants gauchistes, Michèle Ouimet soulignait aussi en février dernier à quel point sur l’Ile de Montréal le public est victime de l’engouement pour le privé, et même le privé dans le public, c’est-à-dire les écoles publiques qui sélectionnent leurs élèves (Abolissons les subventions à l’école privée).
C’est comme l’histoire des habits invisibles du roi nu. Tout le monde sait que l’école publique non sélective est dépouillée de ses meilleurs éléments et en souffre, mais à peu près personne ne va vraiment s’en plaindre. Après tout, la classe moyenne, dont font partie les journalistes, avec les mêmes préjugés en tête, est bien contente de pouvoir s’offrir l’école privée au rabais. En Ontario, ça coûte la peau des fesses!
Rappelez-vous les premières publications du palmarès des écoles de l’Institut économique de Montréal L’actualité. Ce palmarès était un tel scandale médiatique que la dernière mouture pondérait les résultats en fonction du fait que l’école sélectionne ou non les élèves. Quel journaliste, les premières années de sa publication, s’en formalisait (c’est une question, non pas une critique, puisque je n’ai pas pu vérifier)? Peut-être étaient-ils légions à avoir compris le tour de passe-passe de l’IEDM et de L’Actualité mais que leurs employeurs les ont censurés?
Michèle Ouimet terminait son texte par ce paragraphe: «les politiciens ne veulent pas en entendre parler [de l’abolition des subventions au privé]. Il n’y a même pas de débat. Et il n’y en aura pas tant qu’ils continueront à envoyer leurs enfants au privé. En commençant par la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui a choisi le privé pour ses fils.»
En commençant aussi par les dirigeants des médias et les journalistes qui y œuvrent?

Commentaire à la sauvette (J’ai failli écrire “On the fly’!)
Deux points:
1) Il n’y a pas de véritable école privée au Qc. Toutes sont “semi-publiques” et vont à l’encontre d’un principe auquel je tiens: « Entreprise privée, financement privé.» et pas seulement dans l’éducation.
2) La source principale de l’engouement pour les écoles privées (en particulier à Montréal) prend sa source dans l’égalitarisme idiot qui consiste à admettre que n’importe qui peut fréquenter les écoles publiques “générales” ce qui est “correct” dans le cas par exemple des handicapés mais l’est beaucoup moins quand il s’agit de “graines de bandits”, de bums et autre voyous taxeurs, pushers et futurs “bien connus de la police’! N’importe qui ayant les moyens de le faire préfère envoyer ses enfants dans une école ‘Bums Free” que dans les pétaudières publiques. Qui leur donnerait tort?
Solutions possible?
a) Les cas problèmes dans des écoles spécialisées (en partie payées par les parents de ces “cas”!) Ou en plus brutal: les bums à Boscoville (c’était pas une bonne idée?)
b) les écoles publiques dirigées par de véritables éducateurs et non comme c’est le cas par des administrateurs. (Par ex.: Selon une de mes sources: les horaires scolaires sont déterminés par exemple par les contraintes des compagnies de transport scolaire et non pour des raisons pédagogiques).
On commence par là.
Parole aux autres maintenant.
Sur ton premier point je suis totalement d’accord. Ou bien les écoles privées le deviennent entièrement, ou bien elles sont publiques et alors cessent de sélectionner les élèves.
Sur ton deuxième point, il faudrait comparer avec l’Ontario ou, par exemple la Finlande, mais j’ai des doutes. Quelqu’un pourrait nous éclairer?
La première étape pour que l’école publique soit meilleure, c’est qu’on décide enfin qu’au Québec l’éducation est publique et que les écoles sont ouvertes à tous les enfants. Si certains doivent fréquenter une école pour cas problèmes (parce qu’il aura été démontrée que c’est la meilleure solution), soit. Mais il faudrait cesser d’être hypocrite en s’en prenant à l’école publique tout en sachant que les dés sont pipés.
Ce commentaire me permet de vérifier le fonctionnement de intensedebate.