Showtime: Louise et Diane
Michèle Ouimet a rédigé un classique pour La Presse jeudi: deux femmes qui ont lutté côte à côte sur la scène provinciale sont désormais des ennemies jurées sur la scène politique municipale. Tous les ingrédients d’une bonne histoire sont là: d’un côté une politicienne fougueuse, «une bagarreuse, une femme de tête, une stratège», de l’autre une femme en apparence plus douce mais qui vous avalerait un canari tout rond avec le sourire de l’innocence accroché aux lèvres. Même la petite confidence d’un député péquiste épice le récit: «Deux coqs qui se sont souvent crêpé le chignon».
Une toute petite phrase, insérée au tiers de l’article environ, vient accentuer sa dramatisation de la conférence de presse Tremblay/Lemieux: «Elle [Diane Lemieux] a oublié d’ajouter: «Et j’aime le pouvoir.»»
Michèle Ouimet rend un hommage senti aux deux femmes dont elle salue le passage de la scène politique provinciale à la scène politique municipale montréalaise, au point de banaliser les hommes et les femmes plus humbles qui s’y engagent: «Ça nous change du gérant de caisse populaire qui se réveille un bon matin en décidant de se lancer en politique municipale.»
Dans mon dernier billet, je vous disais à quel point nous aimons que l’on nous raconte ce que font les riches et les puissants de ce monde. Dans le récit de Ouimet, deux femmes politiques présentées comme puissantes viennent éclipser le fameux gérant de caisse populaire tant chéri de Pierre Élliot Trudeau.
Imaginez si elles n’étaient pas là! Demain, [l’élu municipal] aurait été un gérant de caisse populaire, un fermier, un enfant, pour parodier le discours de Trudeau.
Passé d’intrigantes, ambition quasi démesurée et puissance des opposantes, rappel de leur grandeur en comparaison des gueux que nous sommes, bataille rangée en vue; au risque de me répéter, c’est vraiment un classique du genre cet article!
Je souligne au passage que la confidence sur le crêpage de chignon auquel se seraient adonné les deux femmes est plutôt ironique. Ne vient-t-on pas justement d’assister à une belle bataille de coqs entre Labeaume et Tremblay.
Gallinacés ou félins
«Une lionne dans l’arène» coiffe, le même jour, le titre d’un autre article par Nathalie Collard, toujours dans La Presse, laquelle se réjouit de voir Diane Lemieux la bagareuse faire son apparition dans une campagne municipale s’annonçant jusque là fade. Son Old Boys club du maire Tremblay pris d’assaut par la Jeanne D’Arc du mouvement souverainiste est savoureux. Décidément, Nathalie Collard a elle-aussi le sens du dramatique.
Le genre a de l’avenir au journal La Presse.
Ce n’est pas un hasard si je vous parle de ces articles de Ouimet et Collard. Ils m’auront servi à illustrer une question qui me trotte dans la tête: pourquoi même des femmes journalistes écrivant sur la politique — ici la politique municipale — reprennent-elles la vision très masculine de la politique comme d’un gros show où c’est le plus fort en gueule qui l’emporte?
Curieux, non?
Les femmes fortes de Montréal. Michèle Ouimet
Une lionne dans l’arène. Nathalie Collard
