Pétrole: laissez-les spéculer en paix!
Vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a des autruches en liberté au Québec. L’une de celles-ci a même un nom: l’Institut économique de Montréal. Son dernier Point sur le pic pétrolier comporte des perles du genre « le jeu de la spéculation incite à conserver les ressources » ou mieux encore « dans une économie de marché, la variation des prix est un phénomène naturel faisant partie du processus d’adaptation à la rareté grandissante des ressources, qui se fait naturellement et automatiquement, sans besoin d’intervention constante des gouvernements sous forme de sensibilisation et encore moins de contrôle des prix. » Traduction libre: voulez-vous bien laisser les spéculateurs faire leurs petites affaires en paix et vous occuper d’autre chose que de votre avenir collectif.
L’auteur du document, Étienne Bernier, est ingénieur. Cela ne l’empêche pas de reprendre à son compte l’idéologie voulant que les marchés libres sont la meilleure solution pour notre avenir énergétique: «Lorsqu’un baril de pétrole se vend jusqu’à 150 $ alors qu’il ne coûte peut-être que 5 $ à produire, cela montre justement que le marché comprend son coût élevé de remplacement, une bonne raison d’être optimiste à long terme.»
Alors, me direz-vous, qu’a-t-on à craindre? Bernier de répondre: «l’intervention malavisée des gouvernements». Imaginez qu’un vilain gouvernement pourrait surtaxer l’industrie extractive, menacer de confisquer les équipements, ou même pire encore — âmes sensibles détournez le regard — prétexter créer des réserves fauniques.
Petit clin d’oeil à note choix collectif de créer Hydro Québec au passage: «trop souvent, le pétrole d’un pays est monopolisé par une société d’État technologiquement en retard et obligée de renflouer des programmes sociaux avec les revenus qui devraient être réinvestis à l’interne.» Remplacez pétrole par électricité et vous retrouverez l’affreux monstre que l’IEDM pourfend depuis des années.
Cessons donc de nous en faire, conclut Bernier. «Inutile de déployer des efforts pour persuader les gens de changer de comportement puisque le simple bon sens les incitera à s’ajuster intelligemment», par l’effet magique du marché ou «chaque individu apporte une contribution sans même s’en rendre compte.»
Curieusement, les profits et les primes aux dirigeants des quelques pétrolières qui contrôlent le marché grimpent même quand le prix du baril baisse.
Ah les mystères du marché!
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