Dette du Québec: Bou!
Ce n’est pas facile de trouver une approche équilibrée de la question de l’endettement public du Québec dans les médias écrits ou électroniques. La vision catastrophiste et l’angle des lendemains qui déchantent dominent outrageusement. Il n’est pas étonnant alors de voir surgir sur Twitter des messages de ce type: «Dette du Québec : 212 538 903 207,28 $ et ça continue http://bit.ly/FFqvu (haut à droite)» (@StephaneGuerin). Le lien mène vers le site de l’Institut économique de Montréal (IEDM) qui a installé un compteur intitulé «Dette du secteur public». On dirait bien qu’on veut nous refaire le coup du palmarès des écoles québécoises.
Nous souffrons collectivement de sous-alimentation médiatique sur un sujet aussi crucial que la dette publique. Malgré l’abondance des articles, reportages et autres type de traitement du sujet dans les médias, ceux-ci sont rarement autre chose que du fast food indigeste. On remet sans cesse les mêmes ingrédients dans la recette, sans se poser de questions. Ça en est désespérant.
Même dans le camp de ceux qui luttent contre l’endettement public, on reconnait la difficulté pour «monsieur et madame tout le monde» de s’y retrouver:
Il n’est pas facile de suivre la dette du Québec. Dette directe, dette totale, dette brute, dette nette, dette du secteur public… Et puis il y a les ratios dette/PIB pour chacune de ces dettes.
Johanne Marcotte. Budget (2) : La dette brute ne reflète pas les pertes de la Caisse
Or, l’IEDM joue sur cette difficulté en présentant le plus gros des chiffres sans aucune explication.
Ce n’est pas la première fois que l’IEDM viole ainsi en public la vérité.
Il y a une autre explication possible de l’état des finances publiques que vous n’apprendrez pas dans les médias.
Dans un document intitulé La crise des finances publique», l’Institut de Recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) démontre que c’est la décision volontaire des gouvernements de se priver de revenus qui explique l’état actuel des finances publiques.
Pourtant on ne nous présente systématiquement que le côté sombre des choses.
La plupart des débats politiques au Québec tournent court dès lors qu’un des protagonistes évoque la «crise» des finances publiques. Cette crise serait causée par le surdéveloppement de l’appareil étatique qui, coûtant de plus en plus cher aux contribuables, aurait atteint un niveau rendant toute nouvelle dépense impossible.
Le plus frustrant n’est pas de voir les médias reproduire un tel discours, mais de constater qu’ils ne présentent qu’un seul côté de la médaille. Où est l’équilibre des points de vue que vante tant la Fédération professionnelle des journalistes du Québec? Cet équilibre ne devrait-il se retrouver aussi dans les équipes éditoriales?
Les médias font le jeu de ceux qui prônent un désengagement étatique du financement des services publics et une diminution progressive du rôle de l’État.
L’ignorance est un terreau fertile pour raconter n’importe quoi, comme le fait l’IEDM.
Bou!
