Quand la science sert à tromper
Entendons-nous, il y a d’excellentes émissions scientifiques et de non moins excellents vulgarisateurs scientifiques. Ceci étant précisé, les discours scientifiques ne sont jamais innocents. La très grande entreprise le sait. Elle a su cultiver, au fil des décennies, l’art d’atténuer les effets négatifs que la connaissance de ce qu’elle fait pourrait avoir sur les chiffres d’affaires. Imaginez, par exemple, qu’au lieu de parler d’organismes génétiquement modifiés, les médias se mettent à utiliser les termes «plantes brevetées» et «plantes pesticides». C’est beaucoup plus proche de la réalité, mais avouez aussi que ça pourrait entrainer un sérieux débat public sur l’appropriation et la transformation du vivant. Au lieu de cela, le débat porte sur les mérites de la science de la génétique.
Dans une récente émission sur France Culture, Jean-Pierre Berlan, ingénieur agronome, économiste, n’hésite pas à qualifier de «corruption du vocabulaire typique d’une société de communication» l’usage de mots tel OGM, destinés à paralyser les débats publics (Terre à terre, Eleveurs et animaux domestiques).
Comment s’opposer à la modification génétique d’un organisme en effet, quand on peut répliquer que l’homme a de tout temps fait des manipulations génétiques?
Exit la gratuité
Pendant des centaines de milliers d’années, voire des millions, la nature s’est reproduite tout à fait gratuitement. Depuis à peine trois ou quatre siècles, des entreprises se sont mises en tête de s’assurer le monopole de la reproduction. Le pire, c’est qu’elles le font en vantant les mérites de la concurrence. Allez comprendre.
Le mot brevet est le summum de ce langage qui vise à faire croire le contraire de ce qu’on veut faire.
C’est un langage doublement trompeur quand on sait que les OGM brevetés idéaux, pour ceux qui les commercialisent, sont des cul-de-sac génétiques empêchant toute reproduction, contre l’essence même de la nature. Le plus bel exemple de cul-de-sac est la fameuse technique terminator, une technique qui permet d’obtenir des graines stériles!
Même la nature ne peut plus intervenir entre la marchandise vivante et celui qui la vend.
Pseudo production agricole
Jean-Pierre Berlan va jusqu’à qualifier d’arnaque en matière de vocabulaire l’emploi de termes reconnus pour désigner autre chose que ce qu’ils désignaient autrefois. Ainsi, on appelle «lait» ce que produisent les vaches Holstein alors que ça n’a plus rien à voir avec du lait. Plein de produits, qu’on nous vend comme étant des produits de la ferme, sont en fait des pétro-quelque-chose.
En réalité, ce qui se produit en ce moment est une appropriation et une standardisation du vivant qui va à l’encontre de la logique même de la vie, celle de la liberté et de la diversité.
Le plus curieux, c’est que nos médias soient si peu critiques face à cette dénaturalisation massive de la production agricole.
Est-ce que ça va prendre un autre Richard Desjardins pour les réveiller?
