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Quand la science sert à tromper

Date: 2009/09/21

Entendons-nous, il y a d’excellentes émis­sions scien­ti­fiques et de non moins excel­lents vul­ga­ri­sa­teurs scien­ti­fiques. Ceci étant pré­cisé, les dis­cours scien­ti­fiques ne sont jamais inno­cents. La très grande entre­prise le sait. Elle a su culti­ver, au fil des décen­nies, l’art d’atténuer les effets néga­tifs que la connais­sance de ce qu’elle fait pour­rait avoir sur les chiffres d’affaires. Ima­gi­nez, par exemple, qu’au lieu de par­ler d’organismes géné­ti­que­ment modi­fiés, les médias se mettent à uti­li­ser les termes «plantes bre­ve­tées» et «plantes pes­ti­cides». C’est beau­coup plus proche de la réa­lité, mais avouez aussi que ça pour­rait entrai­ner un sérieux débat public sur l’appropriation et la trans­for­ma­tion du vivant. Au lieu de cela, le débat porte sur les mérites de la science de la génétique.

Dans une récente émis­sion sur France Culture, Jean-Pierre Ber­lan, ingé­nieur agro­nome, écono­miste, n’hésite pas à qua­li­fier de «cor­rup­tion du voca­bu­laire typique d’une société de com­mu­ni­ca­tion» l’usage de mots tel OGM, des­ti­nés à para­ly­ser les débats publics (Terre à terre, Ele­veurs et ani­maux domes­tiques).

Com­ment s’opposer à la modi­fi­ca­tion géné­tique d’un orga­nisme en effet, quand on peut répli­quer que l’homme a de tout temps fait des mani­pu­la­tions génétiques?

Exit la gratuité

Pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, voire des mil­lions, la nature s’est repro­duite tout à fait gra­tui­te­ment. Depuis à peine trois ou quatre siècles, des entre­prises se sont mises en tête de s’assurer le mono­pole de la repro­duc­tion. Le pire, c’est qu’elles le font en van­tant les mérites de la concur­rence. Allez comprendre.

Le mot bre­vet est le sum­mum de ce lan­gage qui vise à faire croire le contraire de ce qu’on veut faire.

C’est un lan­gage dou­ble­ment trom­peur quand on sait que les OGM bre­ve­tés idéaux, pour ceux qui les com­mer­cia­lisent, sont des cul-de-sac géné­tiques empê­chant toute repro­duc­tion, contre l’essence même de la nature. Le plus bel exemple de cul-de-sac est la fameuse tech­nique ter­mi­na­tor, une tech­nique qui per­met d’obtenir des graines stériles!

Même la nature ne peut plus inter­ve­nir entre la mar­chan­dise vivante et celui qui la vend.

Pseudo pro­duc­tion agricole

Jean-Pierre Ber­lan va jusqu’à qua­li­fier d’arnaque en matière de voca­bu­laire l’emploi de termes recon­nus pour dési­gner autre chose que ce qu’ils dési­gnaient autre­fois. Ainsi, on appelle «lait» ce que pro­duisent les vaches Hol­stein alors que ça n’a plus rien à voir avec du lait. Plein de pro­duits, qu’on nous vend comme étant des pro­duits de la ferme, sont en fait des pétro-quelque-chose.

En réa­lité, ce qui se pro­duit en ce moment est une appro­pria­tion et une stan­dar­di­sa­tion du vivant qui va à l’encontre de la logique même de la vie, celle de la liberté et de la diversité.

Le plus curieux, c’est que nos médias soient si peu cri­tiques face à cette déna­tu­ra­li­sa­tion mas­sive de la pro­duc­tion agricole.

Est-ce que ça va prendre un autre Richard Des­jar­dins pour les réveiller?


Filed under: Économie
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