L’avenir des entreprises de presse passe par leur diversification éditoriale
Je ne suis pas du genre à embarquer dans une certaine paranoïa qui voit des complots partout. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver troublant un article écrit par Pierre Dubuc dans L’Autjournal, ce que j’ai signalé sur Twitter. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Dubuc est souvent invité à la Bourse de l’Actualité de l’émission Samedi et rien d’autre, animée par Joël Le Bigot.
En gros, Dubuc raconte que le groupe qui possède La Presse a intérêt à ce que le contrat des compteurs d’eau soit annulé, puis offert à nouveau en soumission publique, puisqu’un consortium dont fait partie Power Corporation avait soumissionné la première fois. Power Corporation contrôle Gesca qui possède La Presse. Un peu gros comme raccourci, mais Dubuc écrit ceci qui fait réfléchir à propos de la ligne éditoriale de La Presse :
Bien entendu, l’annulation du contrat des compteurs d’eau profite actuellement aux citoyens de Montréal, mais il est intéressant de voir les leçons qu’un Claude Picher en tire. Plutôt que de constater l’incompétence – pour ne pas dire plus – du privé et de plaider pour que, dorénavant, de tels travaux soient confiés aux employés municipaux – comme le recommande le vérificateur de la ville – Claude Picher en tire la conclusion que le problème réside dans les « mécanismes de gestion » de la ville qui ne seraient pas aussi performants que ceux du privé !
Picher a le droit de soutenir, comme éditorialiste de La Presse, l’idée que le privé est meilleur que le public. Comme citoyen, je ne suis pas le seul à penser le contraire. Or, le courant d’opinion auquel j’adhère n’est pas présent dans les journaux de Gesca. On comprendra qu’il est facile de conclure que c’est parce que cela nuirait aux intérêts financiers de Power Corporation.
Peu importe, là n’est pas le problème.
Le problème, c’est qu’en autorisant la création de grands groupes de presse, nous avons programmé la disparition de la diversité éditoriale. Pourtant, cette diversité est dans l’intérêt même des groupes de presse puisqu’elle leur assure une plus grande portée chez les lecteurs.
Mon intervention sur Twitter a été suivie d’un bon échange avec Rémy Charest du journal Le Soleil:

La remarque de Pierre Fraser qui est intervenu dans l’échange à la fin, pose bien le problème: décision sociale ou décision économique les choix de tendances éditoriales dans les grands quotidiens?
À cette question, je répond que c’est à la fois une décision sociale (donner voix à plus d’une tendance) et une décision économique (accepter que le monde de l’information n’est plus une suite de silos fermés auxquels nous n’avons pas le choix de nous abreuver.
Comme le dit le Monsieur, c’est votre intérêt qui compte!
