Laliberté n’est pas une marque de Yogourt
Guy Laliberté flotte dans l’espace au moment où j’écris ces lignes. A-t-il tort, a-t-il raison de faire ce voyage spatial pour une cause humanitaire? Là n’est pas vraiment la question. Laliberté n’est pas le premier à utiliser sa notoriété pour nous sensibiliser à la misère humaine. Le problème, c’est que les fondements même de cette misère sont peu soulevés dans les médias de masse. Ils le sont tellement peu qu’ici le gouvernement fédéral donne des sous aux journalistes pour qu’ils produisent des reportages sur ce qui ne va pas à l’étranger. Ici aussi nous avons notre lot de situations inacceptables, mais il n’y a pas d’argent public pour en parler et l’attention médiatique est de plus en plus faible. Misère!
Le manque d’eau que veut contribuer à combler One drop ne peut pas l’être par des fondations privées, aussi généreuses soient-elles, pas plus que les carences en éducation et en santé. Or, au même moment où nous suivons les péripéties de Guy Laliberté, l’État québécois s’associe à une fondation privée, la fondation Chagnon, dans des champs d’intervention publique tels le développement de l’enfance où le soutien aux proches aidants des aînés.
Pendant des années on nous a martelé une idéologie de laisser-faire. Des millions d’êtres humains ont souffert à cause de cette idéologie. On a forcé leurs gouvernements à réduire les dépenses publiques en leur promettant des lendemains meilleurs. On a forcé leurs gouvernements à ouvrir leurs marchés intérieurs qu’on s’est empressé d’inonder de nos produits, noyant leurs petits producteurs au passage.
Il n’y a pas que les petits producteurs que l’on a noyés. Notre conscience aussi l’a été, le torrent néolibéral s’en chargeant.
Pourtant.
La meilleure façon d’améliorer le sort de l’humanité, c’est de se donner des outils collectifs qui s’appellent programmes et services publics.
Guy Laliberté, André et Lucie Chagnon, Bill Gates et tous ceux qui ont les moyens de soutenir des entreprises charitables de grande envergure doivent aussi dire que leurs initiatives ne sont rien si les États demeurent faibles ou sont affaiblis.
Sinon leurs actions sont davantage une façon de nous faire avaler le désengagement de l’État.
Comme cette marque de Yogourt qui avait inspiré Falardeau.
