Les médias nous trompent parfois. Les autres fois, nous nous trompons nous-mêmes.

Les médias et le décrochage citoyen

Excellent texte de Gil Cour­te­manche sur l’impact de l’absence de débats publics, ou plu­tôt le rem­pla­ce­ment des débats publics par des suc­cé­da­nées de débats, dans Le Devoir du 3 octobre. Cour­te­manche blâme les poli­ti­ciens, mais il aurait tout aussi bien pu blâ­mer les médias. Ceux-ci ont la pos­si­bi­lité, comme jamais, de sus­ci­ter de véri­tables débats publics met­tant en pré­sence des experts et des citoyens, grâce à Inter­net. Que font-ils au lieu de cela?

Ils repro­duisent sur leurs sites Web la tech­nique de la lettre des lec­teurs. Ils publient un ou deux articles et quelques points de vue pour ou contre (pas trop tout de même, ça pour­rait fati­guer leurs lec­teurs dont ils estiment le niveau d’attention moyen à celui d’un enfant de 4e année). Ils demandent à leurs édito­ria­listes, chro­ni­queurs et  — oh nou­veauté! — blo­gueurs de s’exprimer sur le sujet (géné­ra­le­ment tous dans le même sens). Puis ils passent à autre chose.

Cour­te­manche met en oppo­si­tion le pré­sident Obama qui sus­cite des débats vigou­reux et l’attitude des poli­ti­ciens d’ici qui lancent des bal­lons d’essai sans dire car­ré­ment où ils logent, sans doute conseillés par leurs experts en image publique. Il déplore avec jus­tesse le fait qu’on ne peut pas comp­ter sur eux pour aller plus loin.

Cour­te­manche prêche dans un désert médiatique.

Reve­nons sur le rap­port de la Com­mis­sion Knight dont je par­lais dans mon der­nier billet. Cette com­mis­sion a mis le doigt sur le bobo: l’information utile à l’exercice des droits et devoirs de citoyen dimi­nue dan­ge­reu­se­ment, alors qu’elle est pour­tant non seule­ment un droit mais égale­ment un besoin fondamental.

Les auteurs du rap­port pro­posent diverses solu­tions autant pour ren­ver­ser la vapeur que pour per­mettre à cha­cun de deve­nir  un acteur dans la fabri­ca­tion de l’information qui lui per­met d’être un citoyen engagé dans sa vie per­son­nelle et dans la vie poli­tique de sa société.

Les médias sont une com­po­sante fon­da­men­tale dans ce ren­ver­se­ment de vapeur. Au lieu de se conten­ter comme ils le font de suivre la parade, ils pour­raient faire en sorte que les poli­ti­ciens n’aient d’autre choix que de tenir compte de l’opinion des citoyens.

Quel média aura le cou­rage d’embaucher des édito­ria­listes qui ont des points de vue car­ré­ment diver­gents pour intro­duire le plu­ra­lisme de sa pen­sée éditoriale?

Quel média aura le cou­rage de se doter d’un Wiki et de deman­der aux citoyens d’y pro­po­ser col­lec­ti­ve­ment des solu­tions aux pro­blèmes qui nous confrontent?

Quel média deman­dera à une équipe de jour­na­listes de tra­vailler avec des citoyens pour déve­lop­per des conte­nus sur des sujets locaux d’intérêt public, comme cela se pra­tique en ce moment aux États-Unis dans des expé­riences de co-journalisme (Une paix des braves entre jour­naux et médias citoyens aux États-Unis)?

Bref, quel média déci­dera de faire des débats d’idées le cœur de son modèle d’affaires?

Par­ler vrai. Gil Courtemanche.


2 Responses to “Les médias et le décrochage citoyen”

  1. […] This post was men­tio­ned on Twit­ter by Eric Desor­meaux and Eve Cathe­rine. Eve Cathe­rine said: RT @mimonette: Les médias et le décro­chage citoyen http://blogueurcitoyen.com/archives/2164 […]

  2. […] et reflé­ter la diver­sité des opi­nions jusque dans leurs équipes édito­riales (voir mon billet Les médias et le décro­chage citoyen à ce […]

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