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Tuer les journaux pour les faire renaître de leurs cendres

Date: 2009/10/06

Rassurez-vous, si vous aimez encore lire votre jour­nal le matin. Ceux-ci ne vont pas dis­pa­raître demain ni après demain. En revanche, il serait grand temps que la méta­phore du jour­nal Web soit enter­rée six degrés sous terre. Les entre­prises de presse en ligne trainent cette méta­phore comme un bou­let envers et contre tout. Je suis de plus en plus convaincu que c’est par manque d’imagination de leur part.

Tout nou­vel abonné du site Web du jour­nal Le Devoir, je peux feuille­ter en ligne la ver­sion pdf du jour­nal papier. Je n’aime pas, mais alors vrai­ment pas cette ver­sion. Si je me suis abonné au Devoir en ligne, ce n’est pas pour y retrou­ver la ver­sion papier, aussi techno soit-elle.

Ce qu’il faut, autant pour Le Devoir que pour ses concur­rents, c’est une nou­velle métaphore.

Donnez-moi une image

Mary Trip­sas sou­li­gnait ces jours-ci, dans le New York Times, à quel point les consom­ma­teurs que nous sommes ont besoin qu’on leur pré­sente une image fami­lière lorsqu’on veut qu’ils adoptent une inno­va­tion (It’s Brand New, but Make It Sound Fami­liar).

Early consu­mers [lors de l’apparition des auto­mo­biles] were confu­sed, too, until inno­va­tors finally conver­ged on a carriage-like design and coi­ned the term “hor­se­less car­riage” in the 1890s, giving a clear point of com­pa­ri­son. More than 100 years later, we can learn from their example.

Le pro­blème des jour­naux en ligne, c’est la confu­sion des genres. Un site Web de jour­nal ne doit pas être l’équivalent vir­tuel du jour­nal papier. Il doit être autre chose, une inno­va­tion. Or, les entre­prises de presse s’entêtent à nous pré­sen­ter leur site comme si c’était l’équivalent un peu plus sophis­ti­qué de la ver­sion papier.

Le piège d’Internet, c’est d’amener les autres médias à croire qu’ils peuvent tout sim­ple­ment y pro­lon­ger ce qu’ils sont.

Ce qui me rap­pelle une célèbre tirade de Pierre Elliot Tru­deau envers un député conser­va­teur qui se levait en Chambre à la période des ques­tions: «Pour une fois, étonnez-moi!”

Des places publiques

Ce dont nous avons besoin et qui nous fait cruel­le­ment défaut, ce sont des places publiques vir­tuelles pour débattre des sujets sur les­quels nous sommes ame­nez à nous pro­non­cer comme citoyens.

Pour­quoi les sites des jour­naux ne deviendraient-ils pas cess places publiques virtuelles?

Un article fait le point sur la pros­ti­tu­tion dans un quar­tier chaud de la ville? À cet article réagissent des spé­cia­listes et même des citoyens comme vous et moi qui enri­chissent le contenu. En même temps, on débat de la ques­tion. De ce débat nait (ou ne nait pas) un consen­sus sur le droit ou non d’exercer le métier de pros­ti­tuée ou pros­ti­tué. Bref, la nou­velle devient un point d’amorce d’un par­tage de faits et d’idées qui deviennent à leur tour un point d’amorce de la nouvelle.

Ima­gi­nez toutes sortes de situa­tions; élec­tion, choix de la meilleure façon de répar­tir les coûts des ser­vices publics, réforme sco­laire, etc., tous ces sujets de société et bien d’autres pour­raient faire l’objet d’un trai­te­ment Web allant bien au-delà de la pré­sen­ta­tion des faits et com­men­taires édito­riaux de la maison.

Pour que les sites Web des entre­prises de presse deviennent de véri­tables places publiques, il fau­drait tou­te­fois que celles-ci s’ouvrent à la plu­ra­lité édito­riale et que les jour­na­listes, enfin un cer­tain nombre d’entre eux, deviennent des animateurs.

Au moins, on aurait quelque chose de dif­fé­rent des jour­naux papier.


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1 Comment

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