Tuer les journaux pour les faire renaître de leurs cendres
Rassurez-vous, si vous aimez encore lire votre journal le matin. Ceux-ci ne vont pas disparaître demain ni après demain. En revanche, il serait grand temps que la métaphore du journal Web soit enterrée six degrés sous terre. Les entreprises de presse en ligne trainent cette métaphore comme un boulet envers et contre tout. Je suis de plus en plus convaincu que c’est par manque d’imagination de leur part.
Tout nouvel abonné du site Web du journal Le Devoir, je peux feuilleter en ligne la version pdf du journal papier. Je n’aime pas, mais alors vraiment pas cette version. Si je me suis abonné au Devoir en ligne, ce n’est pas pour y retrouver la version papier, aussi techno soit-elle.
Ce qu’il faut, autant pour Le Devoir que pour ses concurrents, c’est une nouvelle métaphore.
Donnez-moi une image
Mary Tripsas soulignait ces jours-ci, dans le New York Times, à quel point les consommateurs que nous sommes ont besoin qu’on leur présente une image familière lorsqu’on veut qu’ils adoptent une innovation (It’s Brand New, but Make It Sound Familiar).
Early consumers [lors de l’apparition des automobiles] were confused, too, until innovators finally converged on a carriage-like design and coined the term “horseless carriage” in the 1890s, giving a clear point of comparison. More than 100 years later, we can learn from their example.
Le problème des journaux en ligne, c’est la confusion des genres. Un site Web de journal ne doit pas être l’équivalent virtuel du journal papier. Il doit être autre chose, une innovation. Or, les entreprises de presse s’entêtent à nous présenter leur site comme si c’était l’équivalent un peu plus sophistiqué de la version papier.
Le piège d’Internet, c’est d’amener les autres médias à croire qu’ils peuvent tout simplement y prolonger ce qu’ils sont.
Ce qui me rappelle une célèbre tirade de Pierre Elliot Trudeau envers un député conservateur qui se levait en Chambre à la période des questions: «Pour une fois, étonnez-moi!”
Des places publiques
Ce dont nous avons besoin et qui nous fait cruellement défaut, ce sont des places publiques virtuelles pour débattre des sujets sur lesquels nous sommes amenez à nous prononcer comme citoyens.
Pourquoi les sites des journaux ne deviendraient-ils pas cess places publiques virtuelles?
Un article fait le point sur la prostitution dans un quartier chaud de la ville? À cet article réagissent des spécialistes et même des citoyens comme vous et moi qui enrichissent le contenu. En même temps, on débat de la question. De ce débat nait (ou ne nait pas) un consensus sur le droit ou non d’exercer le métier de prostituée ou prostitué. Bref, la nouvelle devient un point d’amorce d’un partage de faits et d’idées qui deviennent à leur tour un point d’amorce de la nouvelle.
Imaginez toutes sortes de situations; élection, choix de la meilleure façon de répartir les coûts des services publics, réforme scolaire, etc., tous ces sujets de société et bien d’autres pourraient faire l’objet d’un traitement Web allant bien au-delà de la présentation des faits et commentaires éditoriaux de la maison.
Pour que les sites Web des entreprises de presse deviennent de véritables places publiques, il faudrait toutefois que celles-ci s’ouvrent à la pluralité éditoriale et que les journalistes, enfin un certain nombre d’entre eux, deviennent des animateurs.
Au moins, on aurait quelque chose de différent des journaux papier.

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