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Blogueurs journalistes et rigueur journalistique

Date: 2009/10/09

Les jour­na­listes reprochent sou­vent aux blo­gueurs de man­quer de rigueur. Ils ont hélas rai­son. Les blo­gueurs qui font preuve d’une grande rigueur sont rares. En fait, je fais mon propre mea culpa, la ten­ta­tion d’être le pre­mier à écrire sur un sujet est tel­le­ment forte qu’il nous arrive de cou­per les coins ronds. Hélas aussi, ce manque de rigueur peut se retrou­ver chez un jour­na­liste qui blogue. On en a eu la preuve aujourd’hui, avec un billet de Fabien Deglise sur le site du jour­nal Le Devoir.

Nous avons été plu­sieurs à écrire des gazouillis sur Twit­ter à pro­pos des nou­velles règles de la Com­mis­sion fédé­rale du com­merce amé­ri­cain (FTC de son acro­nyme anglais). En gros, à par­tir du pre­mier décembre les blo­gueurs qui ne dévoi­le­ront pas avoir reçu un cadeau pour van­ter un pro­duit sur leur blogue s’exposeraient à une amende de 11 000$ US.

Cette nou­velle a ins­piré un titre plu­tôt accro­cheur à Fabien Deglise: Les blo­gueurs mis au pas. Deglise com­mence son  billet ainsi: «pour une fois, la règle­men­ta­tion pré­cède la révo­lu­tion». Donc, selon lui, la FTC serait avant-gardiste en aver­tis­sant les blo­gueurs qu’elle va sévir.

Pas­sons sous silence le fait que cette pra­tique existe depuis plu­sieurs années déjà (en fait pra­ti­que­ment depuis que les blogues existent) et que la FTC a été lente à réagir au phé­no­mène plu­tôt que révolutionnaire.

Le pro­blème, avec le billet de Deglise, c’est que, comme plu­sieurs médias, il a réagi sans vrai­ment savoir de quoi il par­lait. C’est ce que dit en gros l’Association amé­ri­caine des rela­tion­nistes pro­fes­sion­nels (PRSA) dans son ana­lyse des nou­velles règles de la FTC. La PRSA ajoute: «Fur­ther mud­dying the waters are hosts of snap ana­ly­sis in the press and online that have left pro­fes­sion­nals misin­for­med, confu­sed and quite concerned».

En ce qui concerne les rela­tion­nistes qui se veulent un tant soit peu pro­fes­sion­nels, l’éthique de leur pro­fes­sion leur com­mande de tou­jours faire preuve de trans­pa­rence. Quand Deguise fait allu­sion au Bixi («Les com­men­taires élogieux sur le vélo par­tage»), il a tout a fait rai­son de rap­pe­ler le laxisme de l’entreprise qui a créé un blogue et une page Face­book où tout était faux. Je ne crois pas avoir beau­coup entendu les rela­tion­nistes d’ici s’exprimer sur une pra­tique condam­nable autant au sud qu’au nord du 45e parallèle.

Venons-en au cœur du sujet: les blo­gueurs amé­ri­cans qui n’avertissent pas leurs lec­teurs qu’ils ont été payé en argent ou en nature pour par­ler en bien d’un pro­duit ou d’un ser­vice,  s’exposeraient à une forte pénalité.

Là ça devient com­pli­qué. D’abord, rap­pelle la PRSA, ce que fait la FTC c’est d’appliquer de bons vieux prin­cipes aux nou­veaux médias. Il n’y a pas vrai­ment de révo­lu­tion là-dedans.

Ce que la FTC a fait, c’est d’ajouter une nou­velle caté­go­rie dans son schéma règle­men­taire, la caté­go­rie des «endos­seurs» (endor­sers) pour pou­voir tenir compte les blo­gueurs (et sans doute aussi toute per­sonne influente sur Twit­ter qui van­te­rait un pro­duit sans pré­ci­ser qu’elle a reçu une récom­pense en échange).

Les endos­seurs sont effec­ti­ve­ment tenus res­pon­sables de toute fausse décla­ra­tion ou de toute décla­ra­tion non fon­dée ou pour une décla­ra­tion fon­dée mais sans que le fait d’avoir été récom­pensé en échange n’ait été précisé.

La FTC dit que les endos­seurs doivent décla­rer leur lien avec le ven­deur du pro­duit qu’ils louangent sur leur blogue. Elle dit aussi que les firmes qui paient des blo­gueurs pour van­ter un pro­duit ou ser­vice peuvent être tenues res­pon­sables si ceux-ci ne le pré­cisent pas.

La FTC pré­cise d’autres règles, mais celles-ci sont moins per­ti­nentes pour les pro­pos de ce billet.

La ques­tion à 11 000$ main­te­nant: à quoi s’exposent les blo­gueurs qui ne dévoilent pas les cadeaux qu’ils reçoivent pour par­ler en bien d’un produit?

À pas grand chose.

D’abord il est pos­sible qu’ils reçoivent une com­mu­ni­ca­tion de la FTC les aver­tis­sants qu’ils pour­raient avoir com­mis une faute (La PRSA sou­lève d’ailleurs un cer­tain nombre de ques­tions concer­nant les rai­sons pour les­quelles un de ses membres, ou un blo­gueur, pour­raient avoir com­mis une faute). Ensuite, si le blo­gueur per­siste, il pour­rait rece­voir un aver­tis­se­ment de ces­ser sa pra­tique fau­tive. Enfin, si le blo­gueur ignore inten­tion­nel­le­ment cet aver­tis­se­ment, la FTC pour­rait émettre un nou­vel avis, celui-ci lui ordon­nant de ces­ser sa pra­tique fau­tive, peut-être accom­pa­gné d’ une amende.

Comme le pré­cise la PRSA, «no blog­ger will be drag­ged of in chains nor any time soon be hit with stiff civil penal­ties, except in very extra­or­di­nary cases.»

Plu­tôt douce comme mise au pas.

PRSA. The New FTC Gui­de­lines: Cut­ting through the Clut­ter.


Filed under: Médias
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