C’est la saison de la pauvreté
La pauvreté n’a pas de saison. C’est plutôt l’aide aux pauvres qui en a une: l’automne. Je me faisais cette réflexion ce matin, dans le cadre de la campagne annuelle de Centraide, en écoutant le témoignage d’une femme formidable, Normande Lévesque, de l’organisme La Baratte. Je n’en suis tout simplement pas revenu de tout ce que réussit à faire cet organisme avec le peu de moyens dont il dispose. Allez voir leur site pour vous en convaincre (www.labaratte.ca). Un fait m’a frappé dans ce que madame Lévesque nous a raconté: être pauvre, ce n’est pas que manquer d’argent.
On peut être pauvre parce qu’incapable de s’intégrer dans un réseau social. On peut être pauvre parce que la maladie mentale nous empêche d’être «fonctionnel». On peut être pauvre parce que l’homme avec qui on vivait est décédé subitement. On peut être pauvre parce que…
Normande Lévesque a lancé cette petite phrase qui fait réfléchir: dans chaque famille il y a au moins une personne souffrant de maladie mentale. Tellement vrai.
Cette autre phrase, glanée dans un document trouvé au hasard d’une recherche, est elle aussi tellement vraie:
Notre société est comme un palier duquel partiraient un escalier roulant qui monte vers le haut et un escalier roulant qui descend vers le bas.Vivre la pauvreté au Québec, c’est être en bas de l’escalier roulant qui descend et se faire dire monte par des gens en train de monter dans l’escalier roulant qui monte.
Collectif pour un Québec sans pauvreté, document en construction, version du 7 octobre 2005.
J’oubliais. On peut aussi être pauvre parce que les prêts et bourse ne nous permettent pas de vivre convenablement. La Baratte prépare des repas qu’elle vend à 60% du prix coûtant. Or, elle en vend de plus en plus à des étudiants de l’Université Laval. Il parait que les frais de scolarité à l’Université devraient être augmentés…
Moins de pauvres au Québec?
Dans un article publié le 29 août dernier (La Presse), Hélène Baril rapportait qu’il y aurait moins de pauvres au Québec. Pourtant, ce matin, Normande Lévesque nous disait qu’il y a une augmentation de la demande de repas à meilleur coût.
Sur quoi se base Hélène Baril pour conclure qu’il y a moins de pauvres? Sur la création d’emplois: «en 2008, il y avait 20 % plus d’emplois au Québec que dix ans auparavant», écrit-elle.
Le Conseil du patronat abondait dans le même sens un mois plus tôt:
Tout en insistant sur la sensibilité et l’engagement des entreprises et de leurs dirigeants envers les moins nantis, le président du CPQ a souligné que c’est avant tout par le biais de leur fonction d’employeur et de créateur de richesse que les entreprises contribuent activement à lutter contre cette problématique.
Communiqué du 15 juin 2009.
Soit. Sauf que la création d’emplois ne peut à elle seule régler le problème de la pauvreté. Il faut à la fois que ces emplois soient suffisamment rémunérés et que les personnes vivant des expériences de pauvreté dues à une incapacité quelconque réussissent à surmonter cette incapacité.
La Baratte s’est donnée comme mission non seulement de fournir des repas bon marché, mais aussi d’aider des personnes à vaincre leur incapacité, obtenant, dans cette aide, un taux de succès qui feraient rougir de honte les banquiers empochant leurs primes malgré que l’économie aille si mal.
C’est drôle, je me suis senti encore plus généreux, ce matin.

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