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Quel journal va survivre à Québec?

Date: 2009/10/25

Mardi soir der­nier, j’ai par­ti­cipé à un panel sur l’avenir de l’information média­tique au Café Nagua. Les deux autres pané­listes étaient Pierre-Paul Noreau du jour­nal Le Soleil et Fran­çois Demers du dépar­te­ment de com­mu­ni­ca­tion de l’Université Laval. Comme on peut s’y attendre, per­sonne n,a été en mesure de répondre à la ques­tion de l’animateur Ray­mond Poi­rier: quel ave­nir pour l’information média­tique? Pierre-Paul Noreau avouait ce soir-là que la situa­tion finan­cière de son jour­nal est très pré­oc­cu­pante. Les paris sont ouverts sur celui des deux quo­ti­diens de la Capi­tale natio­nale qui va devoir mettre la clé dans la porte.

Par­lant de fer­me­ture de jour­naux, Le Devoir rap­porte, dans son édition du wee­kend, les pro­pos que John Temple a tenu jeudi matin à la confé­rence inter­na­tio­nale Web­com Mont­réal 2009. Ces pro­pos ne sont pas étran­gers à ce que vivent les quo­ti­diens de Qué­bec. «Le Web a-t-il tué le Rocky Moun­tain News?» se deman­dait tout haut Temple, qui était en poste au moment de la mort défi­ni­tive de ce jour­nal (on peut accé­der au contenu de sa confé­rence (ver­sion écrite et audio) sur son blogue).

C’est une bonne chose que je n’aie pas pu écrire un billet avant aujourd’hui. J’ai pu ainsi prendre connais­sance des pro­pos de Temple. Il se trouve que cer­tains de ces pro­pos rejoignent des idées que j’avais lan­cées mardi soir dernier.

Le jour­nal papier est un peu comme l’arbre qui cache la forêt:

So, why did the Rocky disap­pear? Loo­king back now on that dif­fi­cult day, the word that stands out in Boehne’s sta­te­ment is “news­pa­per.” (Temple)

Ceci rejoint une pre­mière idée que j’avais émise le 6 octobre der­nier (Tuer les jour­naux pour les faire renaître de leurs cendres) et reprise mardi soir.: il faut mettre de côté la méta­phore du jour­nal papier si l’on veut créer un média Inter­net qui ait des chances d’attirer les lec­teurs Internet.

Consu­mers today want ser­vices when, where and how they want them, and they want to be able to par­ti­ci­pate, not just receive. That means that thin­king like a news­pa­per is not enough. (Temple)

Pen­ser autre­ment. Je crois pour ma part en la force de la méta­phore de “place publique”. La pla­te­forme Inter­net d’un jour­nal tel Le Soleil pour­rait deve­nir l’équivalent de ce lieu cen­tral où se réunis­saient jadis la popu­la­tion pour se tenir au cou­rant de ce qui se passe dans la com­mu­nauté et échan­ger sur les sujets de l’heure.

I believe that if we had spent more time trying to build the depth of our connec­tion with the com­mu­nity using online tools from the very start, the fate of the Rocky might have been different.I believe that if we had spent more time trying to build the depth of our connec­tion with the com­mu­nity using online tools from the very start, the fate of the Rocky might have been dif­ferent. (Temple)

J’ai demandé à Pierre-Paul Noreau si Le Soleil a confié à quelqu’un (idéa­le­ment à une équipe) le man­dat de plan­cher sur son déve­lop­pe­ment Inter­net à l’ère du Web 2.0 et bien­tôt 3.0. Visi­ble­ment, toutes les éner­gies dans la boîte sont tour­nées vers la ver­sion papier. Le reste est laissé à Cyberpresse.

Du côté de la for­ma­tion des futurs jour­na­listes, Inter­net n’est tou­jours pas à l’ordre du jour selon ce que j’ai appris de Fran­çois Demers. La bâtisse brûle mais on a oublié de for­mer des pompiers.

You must know your com­pe­ti­tion. Of course our com­pe­ti­tion was ano­ther news­pa­per. But that was the obvious com­pe­ti­tion. Much big­ger com­pe­ti­tion — for people’s atten­tion — was occur­ring elsew­here. (Temple)

Ce n’est pas contre son concur­rent que se bat le Soleil (et vice-versa) mais contre tout ce que nous offre comme alter­na­tive Inter­net. Notre capa­cité d’attention a des limites. Si le site des quo­ti­diens est mal foutu (comme l’est celui du jour­nal Le Soleil) et n’offre pas de rai­sons d’y demeu­rer, il n’est pas éton­nant que les annon­ceurs aillent voir ailleurs, là où vont les clients potentiels.

While at one time a single gene­ral inter­est publi­ca­tion might have been able to connect with a huge audience, that is much more dif­fi­cult in an era of frag­men­ta­tion, not just media frag­men­ta­tion, but socie­tal frag­men­ta­tion. (Temple)

La frag­men­ta­tion des publics est une autre réa­lité avec laquelle doivent com­po­ser les jour­naux (et tout autre média) en ligne. Les médias doivent, selon moi, en tenir compte et reflé­ter la diver­sité des opi­nions jusque dans leurs équipes édito­riales (voir mon billet Les médias et le décro­chage citoyen à ce propos).

Un jour­nal tel Le Soleil doit revoir en pro­fon­deur sa pré­sence Inter­net, sinon sa sur­vie même est en dan­ger. Même chose pour son concur­rent, Le Jour­nal de Québec.

Il faut à tout prix trou­ver un modèle Inter­net qui puisse rete­nir les lec­teurs et avoir ainsi des chances d’être écono­mi­que­ment viable. Il va bien fal­loir dans le futur des entre­prises média­tiques pour embau­cher des jour­na­listes pro­fes­sion­nels. Nous ne pou­vons tout sim­ple­ment pas nous pas­ser de leur capa­cité de nous dire ce que nous devons, comme citoyen, savoir pour prendre des déci­sions éclairées.

Remar­quez que de ce côté, nous pou­vons dif­fi­ci­le­ment aller plus bas que là où nous en sommes à Québec.


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1 Comment

  1. […] This post was men­tio­ned on Twit­ter by Michel Monette, Laurent Anne. Laurent Anne said: RT @mimonette: Nou­veau billet: Quel jour­nal va sur­vivre à Qué­bec? http://blogueurcitoyen.com/archives/2214. Excellent Michel !!! […]

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