Quel journal va survivre à Québec?
Mardi soir dernier, j’ai participé à un panel sur l’avenir de l’information médiatique au Café Nagua. Les deux autres panélistes étaient Pierre-Paul Noreau du journal Le Soleil et François Demers du département de communication de l’Université Laval. Comme on peut s’y attendre, personne n,a été en mesure de répondre à la question de l’animateur Raymond Poirier: quel avenir pour l’information médiatique? Pierre-Paul Noreau avouait ce soir-là que la situation financière de son journal est très préoccupante. Les paris sont ouverts sur celui des deux quotidiens de la Capitale nationale qui va devoir mettre la clé dans la porte.
Parlant de fermeture de journaux, Le Devoir rapporte, dans son édition du weekend, les propos que John Temple a tenu jeudi matin à la conférence internationale Webcom Montréal 2009. Ces propos ne sont pas étrangers à ce que vivent les quotidiens de Québec. «Le Web a-t-il tué le Rocky Mountain News?» se demandait tout haut Temple, qui était en poste au moment de la mort définitive de ce journal (on peut accéder au contenu de sa conférence (version écrite et audio) sur son blogue).
C’est une bonne chose que je n’aie pas pu écrire un billet avant aujourd’hui. J’ai pu ainsi prendre connaissance des propos de Temple. Il se trouve que certains de ces propos rejoignent des idées que j’avais lancées mardi soir dernier.
Le journal papier est un peu comme l’arbre qui cache la forêt:
So, why did the Rocky disappear? Looking back now on that difficult day, the word that stands out in Boehne’s statement is “newspaper.” (Temple)
Ceci rejoint une première idée que j’avais émise le 6 octobre dernier (Tuer les journaux pour les faire renaître de leurs cendres) et reprise mardi soir.: il faut mettre de côté la métaphore du journal papier si l’on veut créer un média Internet qui ait des chances d’attirer les lecteurs Internet.
Consumers today want services when, where and how they want them, and they want to be able to participate, not just receive. That means that thinking like a newspaper is not enough. (Temple)
Penser autrement. Je crois pour ma part en la force de la métaphore de “place publique”. La plateforme Internet d’un journal tel Le Soleil pourrait devenir l’équivalent de ce lieu central où se réunissaient jadis la population pour se tenir au courant de ce qui se passe dans la communauté et échanger sur les sujets de l’heure.
I believe that if we had spent more time trying to build the depth of our connection with the community using online tools from the very start, the fate of the Rocky might have been different.I believe that if we had spent more time trying to build the depth of our connection with the community using online tools from the very start, the fate of the Rocky might have been different. (Temple)
J’ai demandé à Pierre-Paul Noreau si Le Soleil a confié à quelqu’un (idéalement à une équipe) le mandat de plancher sur son développement Internet à l’ère du Web 2.0 et bientôt 3.0. Visiblement, toutes les énergies dans la boîte sont tournées vers la version papier. Le reste est laissé à Cyberpresse.
Du côté de la formation des futurs journalistes, Internet n’est toujours pas à l’ordre du jour selon ce que j’ai appris de François Demers. La bâtisse brûle mais on a oublié de former des pompiers.
You must know your competition. Of course our competition was another newspaper. But that was the obvious competition. Much bigger competition — for people’s attention — was occurring elsewhere. (Temple)
Ce n’est pas contre son concurrent que se bat le Soleil (et vice-versa) mais contre tout ce que nous offre comme alternative Internet. Notre capacité d’attention a des limites. Si le site des quotidiens est mal foutu (comme l’est celui du journal Le Soleil) et n’offre pas de raisons d’y demeurer, il n’est pas étonnant que les annonceurs aillent voir ailleurs, là où vont les clients potentiels.
While at one time a single general interest publication might have been able to connect with a huge audience, that is much more difficult in an era of fragmentation, not just media fragmentation, but societal fragmentation. (Temple)
La fragmentation des publics est une autre réalité avec laquelle doivent composer les journaux (et tout autre média) en ligne. Les médias doivent, selon moi, en tenir compte et refléter la diversité des opinions jusque dans leurs équipes éditoriales (voir mon billet Les médias et le décrochage citoyen à ce propos).
Un journal tel Le Soleil doit revoir en profondeur sa présence Internet, sinon sa survie même est en danger. Même chose pour son concurrent, Le Journal de Québec.
Il faut à tout prix trouver un modèle Internet qui puisse retenir les lecteurs et avoir ainsi des chances d’être économiquement viable. Il va bien falloir dans le futur des entreprises médiatiques pour embaucher des journalistes professionnels. Nous ne pouvons tout simplement pas nous passer de leur capacité de nous dire ce que nous devons, comme citoyen, savoir pour prendre des décisions éclairées.
Remarquez que de ce côté, nous pouvons difficilement aller plus bas que là où nous en sommes à Québec.

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