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L’information n’est pas une marque de commerce

Date: 2009/10/28

L’article Égo inc. de Sté­phane Baillar­geon (Le Devoir) a sus­cité une réac­tion assez vive de l’ex jour­na­liste Jean Thi­vierge que j’ai relayé sur Twit­ter, en ajou­tant cette phrase que son com­men­taire m’avait ins­piré: “L’arbitraire du mar­ke­ting jour­na­lis­tique dicte de plus en plus la voie à suivre.” Michelle Blanc, citée dans l’article de Baillar­geon, a for­te­ment réagi aux pro­pos de Thi­vierge (et d’autres). Je vous passe son lan­gage assez direct, mais je retiens que pour elle, le «Per­so­nal Bran­ding» dans le domaine jour­na­lis­tique n’est pas un défaut. Est-ce pour autant la voie à suivre? J’en doute.

Je crois que nous y avons perdu au change à mesure que l’information est deve­nue d’abord et avant tout un pro­duit à com­mer­cia­li­ser. Le «per­son­nal bran­ding» des jour­na­listes est la suite logique d’une ten­dance amor­cée avant l’ère du Web 2.0.

Il est vrai, comme le sou­ligne Michelle Blanc, que le monde du jour­na­lisme a tou­jours eu ses vedettes. Ce qui est nou­veau par contre, c’est l’ampleur du culte du vedet­ta­riat chez les jour­na­listes. Julie-Miville-Dechêne, ombuds­man des Ser­vices fran­çais à la Société Radio-Canada, le men­tion­nait dans une confé­rence le 28 jan­vier der­nier (L’éthique et la res­pon­sa­bi­lité jour­na­lis­tique dans un envi­ron­ne­ment média­tique en plein bou­le­ver­se­ment).

Madame Des­chesne a aussi rap­pelé qu’avant la syn­di­ca­li­sa­tion des jour­na­listes, les pots de vin étaient un usage cou­rant. En se syn­di­quant, les jour­na­listes ont pu obte­nir de meilleures condi­tions de tra­vail, deve­nir plus indé­pen­dants et pra­ti­quer un jour­na­lisme selon une déon­to­lo­gie qui fai­sait de l’information un bien public.

Les valeurs ont changé et le chan­ge­ment s’accélère. Pour Julie-Miville-Dechêne, le jour­na­lisme «auto­cen­trique» devient de plus en plus la norme. Ces jour­na­listes vedettes écrivent au «je» et n’hésitent pas à mettre leurs émotions de l’avant.

Pour­quoi ce type de jour­na­lisme est-il en pro­gres­sion? Parce que les entre­prises sont convain­cues que ça fait vendre.

La mon­tée de ces nou­velles vedettes engendre un modèle de jour­na­lisme où faits, ana­lyses et com­men­taires sont entre­mê­lés, ce qui nuit à la cré­di­bi­lité du dis­cours jour­na­lis­tique. Exit l’objectivité.

On nous répli­quera que le client est roi et que c’est visi­ble­ment ce qu’il demande. La preuve en est que les gens pré­fèrent les sites Web des médias tra­di­tion­nels, selon une ana­lyse d’Éric George, pro­fes­seur de l’école des médias de l’UQAM et co-directeur du Groupe de recherche inter­dis­ci­pli­naire sur la com­mu­ni­ca­tion, l’information et la société. (Concen­tra­tion des médias sur le Web).

Sur ces mêmes sites, une autre phé­no­mène constaté par Éric George se pro­duit: ils contiennent de plus en plus de dépêches au détri­ment d’articles plus fouillés. Exit l’analyse.

La nou­velle ins­tan­ta­née sous forme de dépêches (ou de courtes vidéos) et le com­men­taire par les nou­velles vedettes des médias soi­gnant leur «per­son­nal bran­ding» seraient donc deve­nus les deux mamelles aux­quelles vont de plus en plus se nour­rir les lecteurs?

Je crains fort que la mal­nu­tri­tion infor­ma­tion­nelle ne devienne endémique.

Exit le journalisme?

En com­plé­ment: L’information est un bien public.


Filed under: Médias

2 Comments

  1. mimonette (2 comments) says:

    [Nou­veau billet] L’information n’est pas une marque de com­merce — via @twitoaster http://blogueurcitoyen.com/archives/2218...

  2. […] J’ai fait état de la notion de « per­so­nal bran­ding » dans mon intro­duc­tion à cette série de billets. Cette notion qui s’applique au tra­vail des jour­na­listes pigistes est sym­bo­lique d’une ère où les jour­na­listes devien­draient tous des indé­pen­dants sous-traitants des nou­veaux pro­duc­teurs et dif­fu­seurs de l’information. Le per­so­nal bran­ding a tou­te­fois ses limites et ses cri­tiques que l’on peut retrou­ver dans deux articles récents : « Le per­so­nal bran­ding n’est pas une solu­tion miracle » et « L’information n’est pas une marque de commerce« . […]

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