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cause toujours !

La fin du journalisme… de masse?

Date: 2009/11/15

Il est plu­tôt iro­nique de consta­ter que le nou­veau pré­sident de la FPJQ, Bryan Myles, n’a pas de compte Twit­ter, alors que son adver­saire, Fran­çois Car­di­nal, en pos­sède un. Car­di­nal est d’ailleurs parmi les jour­na­listes actifs sur le réseau social qu’est Twit­ter. Pour­quoi je vous raconte cela? Parce que la ques­tion essen­tielle à laquelle doivent répondre les jour­na­listes est celle de leur pré­sence publique. Non pas au sens de vedet­ta­riat, mais plu­tôt au sens d’individus qui pos­sèdent une per­son­na­lité. Je n’irais pas jusqu’à dire que les jour­na­listes doivent deve­nir des marques, mais je dirais cer­tai­ne­ment qu’ils doivent être des per­son­na­li­tés publiques pour pou­voir se dis­tin­guer dans la masse de ceux qui nous informent en 2009. Mais ce n’est pas tout. Ils se doivent à tout prix d’éviter de pra­ti­quer un jour­na­lisme de masse, sans cou­leur et sans odeur.

Je ne connais pas le contenu des for­ma­tions que reçoivent les futurs jour­na­listes. Je suis donc très mal placé pour le cri­ti­quer. En revanche, je peux dire que je lis rare­ment un article dans lequel on sent la per­son­na­lité de celui qui l’écrit. On dirait qu’ils sont tous faits avec le même moule.

Certes, nous vou­lons être infor­més et sur­tout, pou­voir nous fier à la véra­cité des faits qu’on nous relate. Mais nous ne vou­lons pas seule­ment être infor­més. Nous vou­lons aussi lire des textes inté­res­sants. Nous vou­lons aussi sen­tir que c’est un être humain qui les écrits, et non un tech­ni­cien rompu à cer­tains pro­cé­dés journalistiques.

Un des ouvrages les plus ins­pi­rants qui m’ait été donné de lire, que toute per­sonne vou­lant exer­cer le métier de jour­na­liste doit abso­lu­ment lire, est celui d’Antoine Char, «Comme on fait son lead, on écrit».

L’ouvrage com­mence ainsi:

Tchouang-tseu mit dix ans à des­si­ner le crabe que lui récla­mait l’empereur. Quand le dead­line (…)  arriva, il prit son pin­ceau, le trempa dans l’encre (de Chine, bien sûr!) et d’un trait, d’un seul, des­sina le plus beau des crus­ta­cés jamais vu dans l’Emire du Milieu

On aura beau invo­quer la pénu­rie de publi­cité, le pro­blème fon­da­men­tal des jour­naux est dans cet appau­vris­se­ment des conte­nus qui savent nous éton­ner, nous émou­voir, nous accro­cher, depuis le lead jusqu’à la der­nière phrase.

Je ne dis pas qu’il faut être sur Twit­ter, Face­book et autres lieux d’échange pour avoir de la per­son­na­lité, je dis en revanche qu’il faut que les jour­naux aient des jour­na­listes qui ont de la per­son­na­lité pour que nous ayons le goût de les fré­quen­ter jour après jour.

Cer­tains ges­tion­naires des entre­prises qui pos­sèdent les jour­naux ont cru que la recette gagnante était de déper­son­na­li­ser les jour­na­listes, d’en faire des machines à pro­duire un maxi­mum de contenu en un mini­mum de temps.

Tchouang-tseu n’aurait jamais pro­duit son chef-d’œuvre d’un seul trait si on l’avait traité comme on traite les jour­na­listes dans les entre­prises de presse en ce moment.

Tiens comme c’est curieux. Au moment où je ter­mine ce billet, je vois appa­raître sur Twit­ter (tou­jours ouvert à côté de mon navi­ga­teur Fire­fox) le mes­sage sui­vant de @joplam : «Crise des médias: la crise du mau­vais jour­na­lisme ? (A Kluth) Indus­trie du contenu ou véri­table ser­vice d’information ? #fpjq»

Comme je le disais moi-même plus tôt dans la jour­née, ce sont les jour­naux qui nous aban­donnent, et non le contraire.

À médi­ter.


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