La fin du journalisme… de masse?
Il est plutôt ironique de constater que le nouveau président de la FPJQ, Bryan Myles, n’a pas de compte Twitter, alors que son adversaire, François Cardinal, en possède un. Cardinal est d’ailleurs parmi les journalistes actifs sur le réseau social qu’est Twitter. Pourquoi je vous raconte cela? Parce que la question essentielle à laquelle doivent répondre les journalistes est celle de leur présence publique. Non pas au sens de vedettariat, mais plutôt au sens d’individus qui possèdent une personnalité. Je n’irais pas jusqu’à dire que les journalistes doivent devenir des marques, mais je dirais certainement qu’ils doivent être des personnalités publiques pour pouvoir se distinguer dans la masse de ceux qui nous informent en 2009. Mais ce n’est pas tout. Ils se doivent à tout prix d’éviter de pratiquer un journalisme de masse, sans couleur et sans odeur.
Je ne connais pas le contenu des formations que reçoivent les futurs journalistes. Je suis donc très mal placé pour le critiquer. En revanche, je peux dire que je lis rarement un article dans lequel on sent la personnalité de celui qui l’écrit. On dirait qu’ils sont tous faits avec le même moule.
Certes, nous voulons être informés et surtout, pouvoir nous fier à la véracité des faits qu’on nous relate. Mais nous ne voulons pas seulement être informés. Nous voulons aussi lire des textes intéressants. Nous voulons aussi sentir que c’est un être humain qui les écrits, et non un technicien rompu à certains procédés journalistiques.
Un des ouvrages les plus inspirants qui m’ait été donné de lire, que toute personne voulant exercer le métier de journaliste doit absolument lire, est celui d’Antoine Char, «Comme on fait son lead, on écrit».
L’ouvrage commence ainsi:
Tchouang-tseu mit dix ans à dessiner le crabe que lui réclamait l’empereur. Quand le deadline (…) arriva, il prit son pinceau, le trempa dans l’encre (de Chine, bien sûr!) et d’un trait, d’un seul, dessina le plus beau des crustacés jamais vu dans l’Emire du Milieu
On aura beau invoquer la pénurie de publicité, le problème fondamental des journaux est dans cet appauvrissement des contenus qui savent nous étonner, nous émouvoir, nous accrocher, depuis le lead jusqu’à la dernière phrase.
Je ne dis pas qu’il faut être sur Twitter, Facebook et autres lieux d’échange pour avoir de la personnalité, je dis en revanche qu’il faut que les journaux aient des journalistes qui ont de la personnalité pour que nous ayons le goût de les fréquenter jour après jour.
Certains gestionnaires des entreprises qui possèdent les journaux ont cru que la recette gagnante était de dépersonnaliser les journalistes, d’en faire des machines à produire un maximum de contenu en un minimum de temps.
Tchouang-tseu n’aurait jamais produit son chef-d’œuvre d’un seul trait si on l’avait traité comme on traite les journalistes dans les entreprises de presse en ce moment.
Tiens comme c’est curieux. Au moment où je termine ce billet, je vois apparaître sur Twitter (toujours ouvert à côté de mon navigateur Firefox) le message suivant de @joplam : «Crise des médias: la crise du mauvais journalisme ? (A Kluth) Industrie du contenu ou véritable service d’information ? #fpjq»
Comme je le disais moi-même plus tôt dans la journée, ce sont les journaux qui nous abandonnent, et non le contraire.
À méditer.
