michelmonette.net

cause toujours !

Crêpage de chignon entre Martin Éverell et Sylvain Bouchard

Date: 2009/11/18

Si l’on se fie aux pro­pos que j’ai enten­dus ce soir au Bou­doir Lounge, les médias de Qué­bec s’observent en ce moment comme chiens en faïence. La ques­tion qui réunis­sait Syl­vain Bou­chard du Fm 93,3, Fran­çois Bourque du jour­nal Le Soleil, Mar­tin Éverell de TVA et René Houle de Qué­bec Hebdo — Quels médias seront tou­jours à Qué­bec dans cinq ans? — aurait pour­tant pu don­ner lieu à une mani­fes­ta­tion de soli­da­rité entre confrères de médias concur­rents. C’était sans comp­ter sur un Mar­tin Éverell résolu à en découdre avec Syl­vain Bouchard.

Il faut dire qu’Éverell n’y est pas allé avec le dos de la cuillère: à Bou­chard qui venait de dire que la radio était en santé et même pro­fi­tait du Web pour offrir une infor­ma­tion plus bran­chée, plus locale, plus citoyenne, Éverell a répli­qué qu’il n’y a pas vrai­ment de radio bran­chée sur la popu­la­tion à Qué­bec. Pour lui, le genre radio­pho­nique domi­nant en ce moment les cotes d’écoute, où on se fait dire com­ment vivre et com­ment pen­ser, ne fera qu’un temps. Éverell a repro­ché aux radios d’être uni­di­rec­tion­nelles et de piger dans les nou­velles des autres médias dont elles ne sont que des per­ro­quets. Pour lui, les radios doivent sor­tir des stu­dios et faire l’effort d’aller cher­cher l’information.

Outre ce com­bat de coq, on a senti, tout au long du débat entre les quatre repré­sen­tants d’autant de médias dif­fé­rents, une nette démar­ca­tion entre d’un côté un Bou­chard van­tant la force d’une infor­ma­tion radio qui pro­fite de l’apport des citoyens, et de l’autre les Éverell, Bourque et Houle s’inquiétant pour l’avenir d’une infor­ma­tion jour­na­lis­tique crédible.

Nous n’en étions pas pour autant à un para­doxe près, puisque Bou­chard a reconnu que les salles de nou­velles dans les radios ont beau­coup souf­fert ces der­nières années et que ce qu’il fait n’est pas du jour­na­lisme. Comble de l’ironie, il a défendu un jour­na­lisme neutre, c’est-à-dire pro­dui­sant une infor­ma­tion «pro­fes­sion­nelle» exempte d’opinion, alors que Fran­çois Bourque a sou­tenu que ce n’est pas la for­cé­ment la neu­tra­lité qui dis­tingue les jour­na­listes. Il semble que pour lui, Syl­vain Bou­chard est un jour­na­liste au même titre que les autres!

On retrouve, dans les pro­pos de Bourque, le pro­blème fon­da­men­tal de la Fédé­ra­tion pro­fes­sion­nelle des jour­na­listes du Qué­bec qui se veut l’équivalent d’une auberge espa­gnole où se côtoient tous les genres, pourvu que tout ce beau monde tra­vaille ou aspire à tra­vailler dans un média.

Le clou de la soi­rée fut le moment ou Éverell avoua que VOX TV fait de la meilleure infor­ma­tion télé que TVA. Il en a même rajouté, en dévoi­lant que TVA n’est pas par­tie pour faire de l’information de qua­lité avec la nou­velle géné­ra­tion de cel­lu­laire que les jour­na­listes vont bien­tôt uti­li­ser pour faire des repor­tages vidéos.

Selon lui — ce qui sem­blait un sen­ti­ment par­tagé par les autres sauf peut-être Bou­chard — les citoyens vont être certes plus infor­més dans cinq ans, mais ils ne seront pas mieux infor­més. Sauf à Radio-Canada, la quan­tité va de plus en plus pri­mer sur la qualité.

Quoiqu’il en soit, Le Soleil a 15 jour­na­listes de moins qu’à pareille date l’an passé (don­née four­nie par Bourque) et ceux qui res­tent doivent en faire de plus en plus.

Que faire face à cet ave­nir plu­tôt morose?

Fran­çois Bourque a repris l’idée qu’il va fal­loir sor­tir du tabou vou­lant que l’État ne devrait pas inter­ve­nir pour sou­te­nir finan­ciè­re­ment la pro­duc­tion de l’information pro­fes­sion­nelle. Il ne semble pas avoir trouvé un écho favo­rable auprès des autres pané­listes. Je n’ai pas non plus senti un grand enthou­siasme dans la salle où domi­naient le milieu de la publi­cité et des rela­tions publiques.

Quant à savoir quels médias seront là dans cinq ans, comme l’a dit dans la toute der­nière inter­ven­tion de la salle Jean-Claude Labbé, ancien éditeur et rédac­teur en chef du Jour­nal de Qué­bec, seuls ceux qui vont faire de l’argent vont être encore là.

Oui mais ceux qui nous informent, eux, où seront-ils dans cinq ans?


Filed under: Médias
Tags: , , , , ,

9 Comments

  1. […] This post was men­tio­ned on Twit­ter by Michel Monette and Michel Monette, Rémy Rouillard. Rémy Rouillard said: RT @mimonette: Pour Mar­tin Éverell de TVA, il n’y a pas vrai­ment de radio bran­chée sur la popu­la­tion à Qué­bec http://bit.ly/20nqgJ […]

  2. Rémy Rouillard (1 comments) says:

    Bon­jour Michel
    Seule­ment pour te remer­cier du compte rendu de cette soi­rée. La rédac­tion est par­faite et je dirais même que j’avais l’impression d’y avoir assisté.

    Pour ma part je suis un peu de l’avis de m. Eve­rel. TVA cherche trop la grosse his­toire afin d’obtenir le plus de télé­spec­ta­teur pos­sible et oubli sou­vent le vrai but : infor­mer les gens.

    Vous vous dites sûre­ment : oui mais une grosse his­toire c’est de l’information non ? Ce à quoi je vous répon­drez ce n’est pas vrai­ment le type d’information mais plu­tôt la façon de faire qui dérange.

    Pre­nons en exemple la grippe AH1N1. TVA ouvrait son bul­le­tin de nou­velle de manière à faire peur à la popu­la­tion. Ils veulent créer de la sen­sa­tion tan­dis qu’un canal comme Vox vont plu­tôt avoir ten­dance à infor­mer les gens sur le vac­cin et non sur qui va avoir le scoop du pre­mier décès du à ka grippe.

    C’est bien beau avoir des grosses cotes d’écoute mais n’oublier pas le but pre­mier, infor­mer et non plan­ter son concur­rent direct !

    Rémy Rouillard
    http://www.scrr-ti.com
    http://www.twitter.com\remyrou90

    • momichel (73 comments) says:

      C’était assez incroyable d’entendre Éverell cri­ti­quer ouver­te­ment ses patrons. Pour un blo­gueur comme moi qui s’intéresse à la qua­lité de l’information, c’était du bon­bon ;-) J’aimerais tel­le­ment que nous soyons quelques-uns à blo­guer sur les médias et l’information en géné­ral. Il faut cri­ti­quer et cri­ti­quer encore le tra­vail des médias pour que l’intérêt public rede­vienne la norme en infor­ma­tion. Je com­prends leur pro­blème de ren­ta­bi­lité mais quand je vois Qué­bé­cor faire des pro­fits, ma foi, assez élevés, je me dis qu’ils devraient avoir la décence de don­ner à leurs diverses salles de nou­velles (télé et jour­naux) les moyens finan­ciers et l’indépendance néces­saires pour que l’information pro­duite soit à la hau­teur de ses obli­ga­tions de citoyenne cor­po­ra­tive. On est tel­le­ment molasse avec les empires média­tiques que ça en est gênant.

  3. @NicolasRoberge (5 comments) says:

    Je crois que TVA fait des repor­tages qua­si­ment seule­ment suite à des leads de citoyens. Je crois aussi que les radios font sur­tout de l’unidirectionnel, mais comme tous les mass-médias qui débat­tait à soir.

    J’avais aucune idée que cette soi­rée avait lieu. Elle a été peut-être annoncé dans les jour­naux impri­més seule­ment :-)

    • momichel (73 comments) says:

      J’ai appris qu’il y avait ce débat parce que je suis abonné à la lettre élec­tro­nique de la SOCOM ;-) Pour ce qui est des choix de repor­tages de TVA, j’avoue que je n’en connais pas la source. J’ai l’impression que leur cri­tère pre­mier est la cote d’écoute mais je peux me tromper.

  4. @etiennechabot (1 comments) says:

    Salut Michel,

    j’auraia bcp aimé par­ti­ci­per à cette soi­rée! Merci de ton excellent résumé. Ceux qui ne se sentent pas mena­cés devraient allu­mer leurs antennes…

    • momichel (73 comments) says:

      Le milieu de l’information et celui plus glo­bal des com­mu­ni­ca­tions tournent en rond en ce moment. Ça pren­drait davan­tage de vision­naires ;-)

      • @NicolasRoberge (5 comments) says:

        Je répète sou­vent la même affaire, mais je suis convaincu qu’un modèle d’affaires d’une entre­prise ne peut pas chan­ger. Elle part sur une base X en fonc­tion d’un mar­ché Y. Elle se struc­ture et se staff en fonc­tion de ses réa­li­tés. Quand les para­mètres de base changent, il est impos­sible de trans­for­mer une orga­ni­sa­tion avec autant de monde.

        Les grands quo­ti­diens emploient cha­cun entre 300–600 per­sonnes. Je pense qu’une large pro­por­tion de leurs employés servent à la réa­li­sa­tion, la pro­duc­tion et la dis­tri­bu­tion de la copie papier.

Get Adobe Flash playerPlugin by wpburn.com wordpress themes