Crêpage de chignon entre Martin Éverell et Sylvain Bouchard
Si l’on se fie aux propos que j’ai entendus ce soir au Boudoir Lounge, les médias de Québec s’observent en ce moment comme chiens en faïence. La question qui réunissait Sylvain Bouchard du Fm 93,3, François Bourque du journal Le Soleil, Martin Éverell de TVA et René Houle de Québec Hebdo — Quels médias seront toujours à Québec dans cinq ans? — aurait pourtant pu donner lieu à une manifestation de solidarité entre confrères de médias concurrents. C’était sans compter sur un Martin Éverell résolu à en découdre avec Sylvain Bouchard.
Il faut dire qu’Éverell n’y est pas allé avec le dos de la cuillère: à Bouchard qui venait de dire que la radio était en santé et même profitait du Web pour offrir une information plus branchée, plus locale, plus citoyenne, Éverell a répliqué qu’il n’y a pas vraiment de radio branchée sur la population à Québec. Pour lui, le genre radiophonique dominant en ce moment les cotes d’écoute, où on se fait dire comment vivre et comment penser, ne fera qu’un temps. Éverell a reproché aux radios d’être unidirectionnelles et de piger dans les nouvelles des autres médias dont elles ne sont que des perroquets. Pour lui, les radios doivent sortir des studios et faire l’effort d’aller chercher l’information.
Outre ce combat de coq, on a senti, tout au long du débat entre les quatre représentants d’autant de médias différents, une nette démarcation entre d’un côté un Bouchard vantant la force d’une information radio qui profite de l’apport des citoyens, et de l’autre les Éverell, Bourque et Houle s’inquiétant pour l’avenir d’une information journalistique crédible.
Nous n’en étions pas pour autant à un paradoxe près, puisque Bouchard a reconnu que les salles de nouvelles dans les radios ont beaucoup souffert ces dernières années et que ce qu’il fait n’est pas du journalisme. Comble de l’ironie, il a défendu un journalisme neutre, c’est-à-dire produisant une information «professionnelle» exempte d’opinion, alors que François Bourque a soutenu que ce n’est pas la forcément la neutralité qui distingue les journalistes. Il semble que pour lui, Sylvain Bouchard est un journaliste au même titre que les autres!
On retrouve, dans les propos de Bourque, le problème fondamental de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec qui se veut l’équivalent d’une auberge espagnole où se côtoient tous les genres, pourvu que tout ce beau monde travaille ou aspire à travailler dans un média.
Le clou de la soirée fut le moment ou Éverell avoua que VOX TV fait de la meilleure information télé que TVA. Il en a même rajouté, en dévoilant que TVA n’est pas partie pour faire de l’information de qualité avec la nouvelle génération de cellulaire que les journalistes vont bientôt utiliser pour faire des reportages vidéos.
Selon lui — ce qui semblait un sentiment partagé par les autres sauf peut-être Bouchard — les citoyens vont être certes plus informés dans cinq ans, mais ils ne seront pas mieux informés. Sauf à Radio-Canada, la quantité va de plus en plus primer sur la qualité.
Quoiqu’il en soit, Le Soleil a 15 journalistes de moins qu’à pareille date l’an passé (donnée fournie par Bourque) et ceux qui restent doivent en faire de plus en plus.
Que faire face à cet avenir plutôt morose?
François Bourque a repris l’idée qu’il va falloir sortir du tabou voulant que l’État ne devrait pas intervenir pour soutenir financièrement la production de l’information professionnelle. Il ne semble pas avoir trouvé un écho favorable auprès des autres panélistes. Je n’ai pas non plus senti un grand enthousiasme dans la salle où dominaient le milieu de la publicité et des relations publiques.
Quant à savoir quels médias seront là dans cinq ans, comme l’a dit dans la toute dernière intervention de la salle Jean-Claude Labbé, ancien éditeur et rédacteur en chef du Journal de Québec, seuls ceux qui vont faire de l’argent vont être encore là.
Oui mais ceux qui nous informent, eux, où seront-ils dans cinq ans?

[…] This post was mentioned on Twitter by Michel Monette and Michel Monette, Rémy Rouillard. Rémy Rouillard said: RT @mimonette: Pour Martin Éverell de TVA, il n’y a pas vraiment de radio branchée sur la population à Québec http://bit.ly/20nqgJ […]
Bonjour Michel
Seulement pour te remercier du compte rendu de cette soirée. La rédaction est parfaite et je dirais même que j’avais l’impression d’y avoir assisté.
Pour ma part je suis un peu de l’avis de m. Everel. TVA cherche trop la grosse histoire afin d’obtenir le plus de téléspectateur possible et oubli souvent le vrai but : informer les gens.
Vous vous dites sûrement : oui mais une grosse histoire c’est de l’information non ? Ce à quoi je vous répondrez ce n’est pas vraiment le type d’information mais plutôt la façon de faire qui dérange.
Prenons en exemple la grippe AH1N1. TVA ouvrait son bulletin de nouvelle de manière à faire peur à la population. Ils veulent créer de la sensation tandis qu’un canal comme Vox vont plutôt avoir tendance à informer les gens sur le vaccin et non sur qui va avoir le scoop du premier décès du à ka grippe.
C’est bien beau avoir des grosses cotes d’écoute mais n’oublier pas le but premier, informer et non planter son concurrent direct !
Rémy Rouillard
http://www.scrr-ti.com
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C’était assez incroyable d’entendre Éverell critiquer ouvertement ses patrons. Pour un blogueur comme moi qui s’intéresse à la qualité de l’information, c’était du bonbon
J’aimerais tellement que nous soyons quelques-uns à bloguer sur les médias et l’information en général. Il faut critiquer et critiquer encore le travail des médias pour que l’intérêt public redevienne la norme en information. Je comprends leur problème de rentabilité mais quand je vois Québécor faire des profits, ma foi, assez élevés, je me dis qu’ils devraient avoir la décence de donner à leurs diverses salles de nouvelles (télé et journaux) les moyens financiers et l’indépendance nécessaires pour que l’information produite soit à la hauteur de ses obligations de citoyenne corporative. On est tellement molasse avec les empires médiatiques que ça en est gênant.
Je crois que TVA fait des reportages quasiment seulement suite à des leads de citoyens. Je crois aussi que les radios font surtout de l’unidirectionnel, mais comme tous les mass-médias qui débattait à soir.
J’avais aucune idée que cette soirée avait lieu. Elle a été peut-être annoncé dans les journaux imprimés seulement
J’ai appris qu’il y avait ce débat parce que je suis abonné à la lettre électronique de la SOCOM
Pour ce qui est des choix de reportages de TVA, j’avoue que je n’en connais pas la source. J’ai l’impression que leur critère premier est la cote d’écoute mais je peux me tromper.
Salut Michel,
j’auraia bcp aimé participer à cette soirée! Merci de ton excellent résumé. Ceux qui ne se sentent pas menacés devraient allumer leurs antennes…
Le milieu de l’information et celui plus global des communications tournent en rond en ce moment. Ça prendrait davantage de visionnaires
Je répète souvent la même affaire, mais je suis convaincu qu’un modèle d’affaires d’une entreprise ne peut pas changer. Elle part sur une base X en fonction d’un marché Y. Elle se structure et se staff en fonction de ses réalités. Quand les paramètres de base changent, il est impossible de transformer une organisation avec autant de monde.
Les grands quotidiens emploient chacun entre 300–600 personnes. Je pense qu’une large proportion de leurs employés servent à la réalisation, la production et la distribution de la copie papier.
Ça prendrait des entrepreneurs pour démarrer autre chose
Des volontaires?