Depuis quand Radio-Canada est-elle devenue une agence de tourisme médical?
À lire, voir et écouter les reportages de Radio-Canada en marge d’une conférence sur la promotion des soins médicaux indiens accessibles aux Canadiens qui a lieu à Toronto, le tourisme médical est une bonne chose. En résumé, ça coûte moins cher et le temps d’attente est à peu prés nul. Bref, après les paradis fiscaux, voici l’ère des paradis chirurgicaux. Mais est-ce vraiment l’aubaine du siècle? Une petite recherche d’à peine quelques minutes sur le Web aurait permis aux journalistes de la Société d’État d’éviter de se transformer en GO de voyages médicaux.
Louis Lessard et Sébastien Saint-François auraient pu nous entretenir de l’envers du décors de cette industrie touristique qui vend, d’abord et avant tout, du rêve. Aller en Inde pour une opération chirurgicale peut s’avérer à prime abord un bon choix, mais il y a des risques majeurs et des dilemmes moraux non moins importants.
Commençons par les dilemmes moraux.
Pas plus tard qu’en juin dernier, le colloque Don, Commodification et Commerce du corps humain de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) portait justement sur les dimensions éthiques du marché émergent des éléments du corps humain.
L’envers du décor
Les greffes d’organes ont connu des progrès considérables depuis les trente dernières années; de même que la transformation de substances issues du corps humain en me?dicaments.
Ces prouesses scientifiques et technologiques ont entrainé une demande croissante d’opérations chirurgicales. Comment faire face à cette demande? Vous avez deviné: en achetant des organes et des substances humaines. Avec quelque 800 millions de pauvres, l’Inde est un endroit tout désigné pour ce trafic de produits issus du corps humain.
Ni Lessard, ni Saint-François, n’ont soulevé ne serait-ce que le coin du voile de cette dimension qui soulève pourtant plusieurs questions liées à l’émergence du marché de produits dérivés du corps humains: comment sont recrutés les donneurs? quelle est la qualité des produits provenant de ceux-ci? quelle est la qualité de vie de ceux qui font le don d’organe?
Jovialisme médical
L’autre aspect qu’auraient pu soulever les reporters est celui du risque que prennent des patients qui vont à l’étranger pour une intervention chirurgicale qui comporte des inconve?nients, des suites ope?ratoires, des risques et des complications toujours possibles. Ils auraient pu s’inspirer d’un dépliant (PDF) mis en ligne par le chirurgien Christian Marinetti qui met en garde les Français contre une intervention faite à l’étranger «…par un inconnu qui va vous de?couvrir quelques instants seulement avant l’intervention et ne vous verra plus apre?s…»
Au lieu de cela, les reporters Lessard et Saint-François ont plutôt agi en perroquets d’une industrie qui a tout intérêt à cacher certaines vérités qui leur feraient mal.
Radio-Canada nous a pourtant habitué à mieux.
