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Depuis quand Radio-Canada est-elle devenue une agence de tourisme médical?

Date: 2009/11/21

À lire, voir et écou­ter les repor­tages de Radio-Canada en marge d’une confé­rence sur la pro­mo­tion des soins médi­caux indiens acces­sibles aux Cana­diens qui a lieu à Toronto, le tou­risme médi­cal est une bonne chose. En résumé, ça coûte moins cher et le temps d’attente est à peu prés nul. Bref, après les para­dis fis­caux, voici l’ère des para­dis chi­rur­gi­caux. Mais est-ce vrai­ment l’aubaine du siècle? Une petite recherche d’à peine quelques minutes sur le Web aurait per­mis aux jour­na­listes de la Société d’État d’éviter de se trans­for­mer en GO de voyages médicaux.

Louis Les­sard et Sébas­tien Saint-François auraient pu nous entre­te­nir de l’envers du décors de cette indus­trie tou­ris­tique qui vend, d’abord et avant tout, du rêve. Aller en Inde pour une opé­ra­tion chi­rur­gi­cale peut s’avérer à prime abord un bon choix, mais il y a des risques majeurs et des dilemmes moraux non moins importants.

Com­men­çons par les dilemmes moraux.

Pas plus tard qu’en juin der­nier, le col­loque Don, Com­mo­di­fi­ca­tion et Com­merce du corps humain de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) por­tait jus­te­ment sur les dimen­sions éthiques du mar­ché émergent des éléments du corps humain.

L’envers du décor

Les greffes d’organes ont connu des pro­grès consi­dé­rables depuis les trente der­nières années; de même que la trans­for­ma­tion de sub­stances issues du corps humain en me?dicaments.

Ces prouesses scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques ont entrainé une demande crois­sante d’opérations chi­rur­gi­cales. Com­ment faire face à cette demande? Vous avez deviné: en ache­tant des organes et des sub­stances humaines. Avec quelque 800 mil­lions de pauvres, l’Inde est un endroit tout dési­gné pour ce tra­fic de pro­duits issus du corps humain.

Ni Les­sard, ni Saint-François, n’ont sou­levé ne serait-ce que le coin du voile de cette dimen­sion qui sou­lève pour­tant plu­sieurs ques­tions liées à l’émergence du mar­ché de pro­duits déri­vés du corps humains: com­ment sont recru­tés les don­neurs? quelle est la qua­lité des pro­duits pro­ve­nant de ceux-ci? quelle est la qua­lité de vie de ceux qui font le don d’organe?

Jovia­lisme médical

L’autre aspect qu’auraient pu sou­le­ver les repor­ters est celui du risque que prennent des patients qui vont à l’étranger pour une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale qui com­porte des inconve?nients, des suites ope?ratoires, des risques et des com­pli­ca­tions tou­jours pos­sibles. Ils auraient pu s’inspirer d’un dépliant (PDF) mis en ligne par le chi­rur­gien Chris­tian Mari­netti qui met en garde les Fran­çais contre une inter­ven­tion faite à l’étranger «…par un inconnu qui va vous de?couvrir quelques ins­tants seule­ment avant l’intervention et ne vous verra plus apre?s…»

Au lieu de cela, les repor­ters Les­sard et Saint-François ont plu­tôt agi en per­ro­quets d’une indus­trie qui a tout inté­rêt à cacher cer­taines véri­tés qui leur feraient mal.

Radio-Canada nous a pour­tant habi­tué à mieux.


Filed under: Médias, Santé
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