Le journalisme, un genre unidirectionnel
À l’échelle de l’Histoire, le journalisme est un genre récent. À peine quelques secondes, si l’on ramenait à 24 heures le temps écoulé depuis l’invention de l’écriture. La particularité de ce genre littéraire est de raconter des histoires vraisemblables parce que reposant sur la vérification des faits et sur la distance de celui qui raconte l’histoire sous forme écrite, orale. Mais ce sont des histoires. Avec un commencement et une fin.
Pendant quelques décennies, le journalisme a contribué à la santé des démocraties, parce qu’il était le seul genre accessible à une grande majorité de citoyens qui les aidait à comprendre le monde immédiat et plus lointain dans lequel ils vivaient. Cette époque est révolue. Désormais il est un genre parmi d’autres et il alimente de moins en moins notre conscience citoyenne.
Il l’alimente d’autant moins que l’intérêt pour le genre et ses diverses formes diminue.
Sa particularité est d’être, encore en 2009, un genre unidirectionnel. La vérité va de ceux qui pratiquent le journalisme vers ceux qui lisent, regardent ou écoutent les histoires nées de cette pratique.
Le problème du journalisme, c’est que nos habitudes d’attention ont changé. Nous sommes de moins en moins nombreux à prêter toute l’attention qu’elles nécessitent à ces histoires qu’on nous raconte dans les médias.
Pas convaincus?
Combien de temps consacrez-vous par jour à en prendre connaissance de ces histoires, et quel proportion de celles-ci retiennent votre attention?
Pour ma part, je dérive souvent vers autre chose quand je m’attaque à un article ou que j’écoute ou regarde un reportage.
Quant aux chroniques, éditoriaux et autres formes «d’opinions éclairées», je ne les lis plus que rarement. Manque d’intérêt ou manque de temps? Je penche plutôt par un manque d’intérêt puisque tout ce beau monde est tellement prévisible.
Revenons au journalisme qui a pour but de nous informer. Pourquoi ce déficit d’attention et surtout quel lien cela a-t-il avec le fait que ce soit un genre unidirectionnel?
Peut-être justement est-ce la tendance à nous enfermer dans les histoires racontées qui explique que nous ayons moins le goût de nous y attarder. Le Web développe une habitude contraire. Les blogues notamment nous ont habitué à la technique des hyperliens.
En d’autre terme, tu me racontes peut-être une belle histoire, mais je veux en savoir plus. Guide-moi dans ma découverte de ce que tu ne fais qu’effleurer.
Mais peut-être suis-je le seul à souhaiter un autre journalisme où les reportages seraient un commencement plutôt qu’une fin?

[…] This post was mentioned on Twitter by Michel Monette and Louis-M. Pelletier, Laurent Anne. Laurent Anne said: article à lire de @mimonette http://bit.ly/4Jj3V0 Le journalisme, un genre unidirectionnel […]
Bravo pour votre article impressionnant par son intelligence. J’ai perdu confiance dans les médias. Par exemple, je ne comprends toujours pas ce que nous faisons en Afghanistan. Ça serait pour construire des écoles pour les filles, ou pour obéir à une décision de l’ONU ou. plus profondément, nos dirigeants sont des imbéciles,inconscients et cyniques. C’est ça l’information?
Merci pour votre appréciation
À propos de l’information sur l’Afghanistan, je vous invite à lire ce billet que j’ai écrit en mars 2008 http://blogueurcitoyen.com/archives/572 Les médias n’abordent pas la présence canadienne avec ce type d’éclairage, hélas.