Les journalistes n’arrivent plus à suivre la parade
Je vais faire un détour par les États-Unis pour illustrer la faiblesse du journalisme en 2010. L’histoire concerne la répartition des revenus entre les médecins spécialistes et les autres intervenants du système de santé. Toute ressemblance avec ce qui se passe au Québec n’est pas fortuite. En gros, les cardiologues ont entrepris une campagne de relations publiques pour contrer Medicare qui veut redistribuer les remboursements des soins, à leur détriment. Il se trouve qu’ils font autour de 400 000 $ par année en moyenne. Pas question pour autant de renoncer à un seul sou pour que leurs collègues généralistes soient mieux rémunérés.
En Floride, les cardiologues n’hésitent pas à employer la menace pour contrer Medicare. Plusieurs d’entre eux pourraient devoir quitter la profession, disent-ils dans une lettre ouverte adressée à la population. Au moins, ils ne poussent pas le ridicule jusqu’à menacer de s’exiler au Canada.
Si on peut leur reprocher de refuser une meilleure répartition des revenus provenant des fonds publics, on doit surtout s’étonner du travail bâclé des journalistes affectés à la couverture du dossier. C’est ce que fait Trudy Lieberman sur le site de la Columbia University Review (The Cost of Living. How cardiologists used the press.)
«Used the press», ça veut dire que les citoyens ne peuvent pas compter sur les médias pour leur donner l’heure juste. Ici, au Québec, pouvons-nous compter sur les médias? Je ne jette pas la pierre aux journalistes; je constate que la couverture de dossiers aussi complexes que le système de santé ou encore celui des finances publiques est, pour employer un euphémisme, faible.
Résultat: les groupes de pression ont beau jeu pour lancer toutes sortes de demi-vérités — quand ce n’est carrément des faussetés — et pour «spinner» la nouvelle dans le sens de leurs intérêts.
La parade passe dans le silence médiatique…


La vie est de plus en plus spécialisée et la presse doit aussi se spécialiser. Mon domaine, les TI, jouit d’une couverture très factuelle basée sur les communiqués de presse de grandes compagnies dans le domaine. On nous rapporte ce qui est intentionnellement diffusé.
Mais, le journalisme d’enquête ou l’éditorial ne semble pas exister dans ce domaine de très gros sous. Peu de journalistes semblent comprendre suffisamment ce domaine.
Aussi, je me pose la question si la liberté journalistique est limitée par les partenaires économiques du média lui-même. Ces deux industries achètent de la publicité dans les grands médias.
Bonne remarque sur les domaines sous-couverts (tiens c’est un jeu de mots ça
et bonne question concernant l’indépendance éditoriale des journalistes. La FPJQ vient justement de partir en guerre contre les potentats locaux. Ici à Québec la complaisance envers notre maire est décourageante. Je ne crois pas qu’il la sollicite mais je sens que les éditorialistes et les journalistes lui sont plutôt favorables. C’est humain, mais ça ne fait pas une presse très critique.
Si le maire est populaire chez les citoyens, peut-être que ça serait mal reçu par le lectorat de faire des articles négatifs à son égard. On veut faire plaisir à ceux qui nous apporte notre pain et notre beurre.
Ça ressemble à ça mais j’ose espérer que ce n’est pas le cas
Ici à Québec, on ne parle plus de journalistes quand il est question du maire Labeaume, on parle désormais de “Pom Pom girls” ou “Agents de promotion”.
Je constate la même chose que vous concernant la couverture journalistique des Finances Publiques et du Système de Santé, c’est à se demander s’ils ont à la fois le bagage intellectuel et les connaissances pour pouvoir critiquer, se poser des questions, mettre en évidence des faits. Ils sont “réactionnels” au lieu d’être au devant de la nouvelle, d’être proactifs.
Dans le fond, est-ce qu’on n’a tout simplement les journalistes qu’on mérite? Les politiciens qu’on mérite?
Vous avez raison de souligner à quel point les journalistes sont dans l’ensemble réactionnels. Le problème, à mon avis, est surtout qu’on ne leur donne pas la capacité de faire le travail journalistique. Du reste, qui fait du journalisme d’enquête ici à Québec?
Il y a une autre dimension, aussi, à prendre en compte. De moins en moins de journalistes, des équipes de plus en plus commandos, des journalistes de plus en plus jeunes en proportion (coûte moins cher), et une pression accrue au rendement via production multi-canal exigée… Vous ajoutez le tout, et vous obtenez ce cocktail actuel. Qui donne aussi peu de temps pour l’approfondissement.
En-dehors de cas particulier, enfin. Il ne faut pas généraliser. Il y a des presses spécialisées très organisées et précises. Ca dépend sans doute un peu des sujets…
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