Les médias nous trompent parfois. Les autres fois, nous nous trompons nous-mêmes.

Les pauvres ne font pas la une

Un enfant sur dix vit dans la pau­vreté au Canada. Chez les Pre­mières nations, c’est un sur quatre. Pour­tant, en 1989 la Chambre des com­munes avait voté à l’unanimité l’élimination de la pau­vreté pour l’an 2000. Le fédé­ral et toutes les pro­vinces et les Ter­ri­toires rati­fiaient, la même année, la Conven­tion sur les droits de l’enfant. Certes, il y a bien eu les «JO de la pau­vreté» dimanche der­nier à Van­cou­ver, mais ceux-ci ne font pas le poids devant le rou­leau com­pres­seur média­tique des Jeux olym­piques d’hiver. Même ici à Qué­bec, nous serions insen­sibles à la pau­vreté. Il est vrai que les pauvres ne font pas aller les neu­rones de Clo­taire Rapaille.

Il faut dire que l’image de la pau­vreté véhi­cu­lée par les médias n’aide pas. Pares­seux, fai­néants, pro­fi­teurs, frau­deurs, ignares, irres­pon­sables…, autant d’adjectifs aussi néga­tifs les uns que les autres acco­lés aux pauvres.


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Un pauvre, c’est visible. On peut faci­le­ment le stig­ma­ti­ser. Les condi­tions écono­miques qui pro­voquent la pau­vreté par contre, ça se voit moins. Par exemple, l’impact de l’augmentation du nombre d’emplois moins bien rémunérés.

Dans les années 2000, quatre enfants défa­vo­ri­sés sur dix avaient au moins un parent qui tra­vaillait à temps plein toute l’année, mais ne par­ve­nait pas à sor­tir la famille de la pau­vreté, une hausse par rap­port à un enfant sur trois dans les années 1990. Rap­port 2009 sur la pau­vreté des enfants et des familles au Canada : 1989 — 2009

Vous vou­lez un autre exemple. Pre­nons un cas récent de trai­te­ments média­tiques tota­le­ment à l’opposé l’un de l’autre.

Pre­mier cas, la Grande Gui­gno­lée des médias. La cou­ver­ture média­tique n’a cer­tai­ne­ment pas nui à son grand suc­cès à la fin de l’année 2009. La géné­ro­sité, ça passe bien dans les médias. Sur­tout que l’hiver aide à sus­ci­ter en nous des images de misère.

Deuxième cas, l’annonce le 17 décembre 2009 de cou­pures de plus de 3 mil­lions$ dans le mon­tant des sub­ven­tions des­ti­nées aux des orga­nismes d’économie sociale. Cette annonce est pas­sée à peu près inaper­çue (Le com­mu­nau­taire et la pau­vreté).

La réa­lité dont on n’entend à peu près pas par­ler dans les médias, c’est que le fossé se creuse entre les riches et les pauvres au Canada. Le seul pays de l’OCDE où l’inégalité entre les riches et les pauvres à aug­men­ter plus qu’au Canada au cours de la der­nière décen­nie est l’Allemagne.

Ima­gi­nez 1 $ dans les mains d’un enfant de famille pauvre. Vous le voyez sou­rire? Dans les mains d’un enfant des familles les plus riches, ce même dol­lar devient 11,84 $.

Deux phé­no­mènes se sont pro­duits depuis dix ans: d’une part, les familles les mieux nan­ties ont vu leur revenu croître deux fois plus que la tranche des familles les plus pauvres [illus­tra­tion simple pour com­prendre la lar­geur de l’écart: deux fois 500 $ = 1000 $ tan­dis que deux fois 50 $ = 100 $] ; d’autre part, notre sys­tème fis­cal est devenu beau­coup moins progressif.

Il n’est pas éton­nant de consta­ter que le Canada est au 25e rang sur 30 dans l’OCDE pour ses dépenses sociales.

Vous avez appris par les médias le glis­se­ment du Canada vers une société de moins en moins égalitaire?

Vous avez appris par les médias que le gou­ver­ne­ment cana­dien tarde à remettre son rap­port au comité onu­sien
sur les droits de l’enfant?

Vous avez appris par les médias qu’il se construit dix fois moins de loge­ments sociaux qu’il y a dix ans même si le nombre de familles en ayant besoin n’a pas bougé (autour de 1,5 mil­lion de ménages)?

Vous avez appris par les médias que l’accès à l’éducation post­se­con­daire est devenu de plus en plus dif­fi­cile pour les enfants de familles pauvres, en par­ti­cu­lier pour les enfants pauvres des Pre­mières Nations?

Vouz avez appris par les médias que le nombre d’enfants ayant recours aux banques ali­men­taires est passé de 151 200 à 260 260 entre 1989 et 2008?

Non?

Vous appre­nez quoi dans les médias? Oui je sais que les pauvres sont des êtres irres­pon­sables sur qui on ne peut pas se fier.

Pauvres de nous.

Source des don­nées: Rap­port 2009 sur la pau­vreté des enfants et des familles au Canada : 1989 — 2009.


10 Responses to “Les pauvres ne font pas la une”

  1. […] This post was men­tio­ned on Twit­ter by Steve V., Michel Monette. Michel Monette said: Mon billet: Les pauvres ne font pas la une http://bit.ly/a4guht […]

  2. Francois (4 comments) says:

    Oui, c’est ce qu’on apprends dans les médias…

    Mais si vous regar­diez au delà des médias, vous ver­riez peut-être que notre société n’est aucu­ne­ment dans le che­min de la richesse.

    Si vous regar­diez au delà des médias, vous réa­li­se­riez peut-être que cette façon de prendre aux plus riches pour sim­ple­ment don­ner aux pauvres est nive­ler par le bas et qu’ultimement, même les pauvres en souffriront…

    Si vous regar­diez au delà des médias, vous réa­li­se­riez peut-être que cette façon de faire n’est pas la bonne pour per­sonne et qu’alors seriez vous à l’écoute pour de meilleures idées per­met­tant de créer de la richesse sans lais­ser les mieux nan­tis derrière.

    A tant véné­rer la pau­vreté, à tant péna­li­ser la créa­tion de la richesse dans notre monde, c’est la pau­vreté pour tous qui nous attends..

    Mais bon, si c’est dans les médias, ce ne peut qu’être vrai… non ?

    • momichel (73 comments) says:

      Vous dites “prendre aux plus riches pour sim­ple­ment don­ner aux pauvres” pour­tant les plus riches paient moins d’impôt? Autre pro­blème avec votre argu­men­taire: il ne s’agit pas de “don­ner aux pauvres” mais de créer des condi­tions qui vont per­mettre une sor­tie de la pau­vreté: éduca­tion, santé, sou­tien aux orga­nismes com­mu­nau­taires qui inter­viennent auprès des familles pauvres pour qu’au moins leurs enfants s’en sortent. Pour ce qui est de “créer de la richesse”, il s’en crée beau­coup jus­te­ment mais elle demeure entre les mains du 10% les plus riches de la population.

  3. EugeneForseyLiberal (2 comments) says:

    Bien dit.

  4. @Flarouche (1 comments) says:

    Les pauvres ne font pas la une, mais Bob Gai­ney oui ! .… euh .… misère. :(
    La ques­tion que je me pose : est-ce les médias, les rap­ports de force socio-économique dans la société ou les inté­rêts des gens qui en sont responsables ?

    Un peu des trois ?

    • momichel (73 comments) says:

      J’ai par­couru les jour­naux d’il y a une qua­ran­taine d’années pour rédi­ger l“histoire de mon syn­di­cat et constaté à quel point les ques­tions sociales y étaient plus pré­sentes. Je crois que les jour­naux ont perdu du ter­rain non pas à cause d’Internet, mais à cause de leur moins grande per­ti­nence. Les annon­ceurs désertent un bateau en train de couler.

  5. Social com­ments and ana­ly­tics for this post…

    This post was men­tio­ned on Twit­ter by mimo­nette: Mon billet: Les pauvres ne font pas la une http://bit.ly/a4guht...

  6. Saint Exupéry (1 comments) says:

    Même chose en France
    le pays est en train de s’enfoncer dans la pau­vreté et la misère
    je n’ai jamais vu cela et les banques qui recom­mence comme avant avec des pro­fits fan­tas­tiques
    deman­der une aug­men­ta­tion par contre relève du par­cours du com­bat­tant
    je connais des gens qui n’ont même pas de quoi man­ger si il n’y avait ^pas les secours popu­laire
    ou les res­tos du coeur
    et je ne suis pas du tout sur que cela s’améliore rapidement

  7. sejours scolaires (1 comments) says:

    Per­son­nel­le­ment moi ça m’a tou­jours fait mal au coeur de voir que l’on média­tise plus les pauvres des autres pays alors que sur notre propre ter­ri­toire il en existe encore tant dont on nous tait l’existence.

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