Les médias nous trompent parfois. Les autres fois, nous nous trompons nous-mêmes.

Où étiez-vous, mesdames et messieurs les économistes?

L’Association des écono­mistes du Qué­bec (ASDEQ) s’est déci­dée à inter­ve­nir dans le débat sur les finances publiques. Elle a joint sa voix à ceux qui ont choisi de faire peur au monde. Le pro­blème, c’est que les écono­mistes ont perdu beau­coup de cré­di­bi­lité en cau­tion­nant un modèle de déve­lop­pe­ment écono­mique qui a mené tout droit à la crise finan­cière (Ne confon­dons pas écono­mie et écono­mistes. Dani Rodrik). Aujourd’hui, ils vou­draient qu’on les croit quand ils pré­tendent que les finances publiques vont aller de mal en pis dans les pro­chaines décennies.

Qui aurait pré­dit l’effondrement des mar­chés finan­ciers il y a dix ans? Libé­rés des entraves régle­men­taires, ceux-ci sem­blaient à l’abri de toute crise profonde.

Le mar­ché de l’emploi se pré­ca­ri­sait, l’endettement indi­vi­duel aug­men­tait, la nature se dété­rio­rait. Qu’importe! Le mar­ché des actions allait bien et celui des pro­duits finan­ciers était parti pour la gloire.

Arriva ce qui n’était pas censé arri­ver: le beau modèle pri­vi­lé­gié par les écono­mistes mena à la catas­trophe aussi sûre­ment que la pédale à frein d’une Toyota.

L’économie est une science aux approches mul­tiples. Les écono­mistes ne devraient pas s’enfermer dans le dog­ma­tisme en ayant «une confiance déme­su­rée dans leurs modèles pré­fé­rés du moment». La cita­tion est un extrait du texte cité ci-haut. Dans ce même texte, Rodrik ajoutait :

Plu­tôt que de pré­sen­ter une liste de pos­si­bi­li­tés et d’évoquer des com­pro­mis per­ti­nents – ce qui est le sujet même de l’économie – les écono­mistes ont trop sou­vent trans­mis leurs propres pré­fé­rences sociales et poli­tiques. Au lieu d’être des ana­lystes, ils ont été idéo­logues, favo­ri­sant un ensemble d’arrangements sociaux plu­tôt qu’un autre.

L’ASDEQ aurait pu pro­po­ser plus d’une lec­ture de la situa­tion finan­cière de l’État qué­bé­cois. Il est faux de pré­tendre que tous les écono­mistes par­tagent son analyse.

Hélas elle a choisi l’idéologie.

Qui peut pré­dire avec cer­ti­tude ce que va être la situa­tion écono­mique et celle des finances publiques dans dix ans?

Dirons-nous alors, encore une fois, où étiez-vous en 2010?

Asso­cia­tion des écono­mistes du Qué­bec. Un virage s’impose dans les finances publiques du Québec


4 Responses to “Où étiez-vous, mesdames et messieurs les économistes?”

  1. Francois J (1 comments) says:

    Je suis d’accord avec cette opi­nion. Mais le gros pro­blème est que le majo­rité des écono­mistes ont choisi une bien mau­vaise école pour apprendre leur métier.
    La presque majo­rité de ceux-ci adhèrent à une théo­rie post-Keynesienne mélan­gée à du moné­ta­risme. Et plus que jamais, les fait des der­nières années démontrent que ce n’est pas une bonne idée…

    «Qui aurait pré­dit l’effondrement des mar­chés finan­ciers il y a dix ans? Libé­rés des entraves régle­men­taires, ceux-ci sem­blaient à l’abri de toute crise pro­fonde.»
    Il y a une école de pen­sée écono­mique qui a fait cela et c’est l’école Autri­chienne. ( Mises, Hayek, Ron Paul, etc )

    Et ces écono­mistes démontrent très clai­re­ment que cette liberté de mar­ché accu­sée ici n’est qu’illusion. Que la liberté de mar­ché et la liberté de mani­pu­ler les mar­ché sont deux choses très dif­fé­rentes. Que pour avoir une vrai liberté de mar­ché, il faut que les gou­ver­ne­ments arrêtent d’en mani­pu­ler les consti­tuants ( ici, sur­tout l’argent et le crédit ).

    Un der­nier point: bien que les écono­mistes du Qué­bec soient majo­ri­tai­re­ment inca­pable de com­prendre ce qui c’est passé dans l’économie depuis 2 ans et inca­pable d’en pré­dire l’avenir. Ceux-ci sont quand même capable d’évaluer adé­qua­te­ment la situa­tion finan­cière du Qué­bec.
    La com­pré­hen­sion de la dyna­mique écono­mique et l’évaluation finan­cière d’un indi­vidu ( ou état ) sont deux com­pé­tences tota­le­ment différentes…

    • momichel (73 comments) says:

      Ce que dit Rodrik, c’est qu’il faut éviter de s’en remettre à un seul modèle. L’économie est un ensemble de phé­no­mènes très com­plexes, un peu à l’image de l’environnement. On peut ten­ter de modé­li­ser l’environnement puis de pré­dire son évolu­tion, reste que la pro­ba­bi­lité de se trom­per existe. En ce qui concerne la liberté de mar­ché, je ne suis pas convaincu que ça serait bénéfique.

  2. @yhugo (1 comments) says:

    Merci pour ce billet. J’aime bien votre constat.

    Mais peut-on vrai­ment pré­tendre que l’économie est une science ?

  3. momichel (73 comments) says:

    On peut poser la ques­tion autre­ment : Can science reinvent the eco­nomy? http://www.newscientist.com/special/can-science-r... En fait, l’économie est une science au même titre que l’histoire ou la socio­lo­gie. Mais plu­sieurs écono­mistes aiment croire qu’ils sont plus «scien­ti­fiques» que leurs autres col­lègues des sciences sociales. Hélas.

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