Y-a-t-il des économistes dans nos salles de rédaction?
Le chat est sorti du sac. De nombreux médias ont repris sans les vérifier les chiffres du Fraser Institute sur les augmentations de taxes qu’auraient subi les familles canadiennes depuis 1961. Une hausse de plus de 1,624% ! Le chiffre est gros. Ça fait une belle manchette. Le problème, c’est que ce chiffre est exagéré et qu’il ne tient pas compte des nouveaux services publics qui se sont ajoutés depuis un demi-siècle. Parmi ceux-ci figurent le fonds de pension et l’assurance maladie. Une bagatelle.
C’est le Centre canadien de politiques alternatives qui a dû jouer le rôle que les médias peinent visiblement à jouer: vérifier les faits. Le CCPA (@CCPA) a ainsi découvert que la moyenne des taxes payées par les familles inclut des taxes qui ont été en réalité assumées par les entreprises, ainsi que les redevances sur les ressources naturelles.
L’Institut Fraser pousse l’astuce jusqu’à comparer le total des taxes payées au Canada au total des revenus des familles et des entreprises non incorporées. Selon cette logique, les familles canadiennes auraient payé plus de 41,7% de leurs revenus en taxes l’an passé. Or, si on compare le même total des taxes au total des revenus en incluant cette fois-ci les revenus des entreprises incorporées, on obtient 30,8%.
Le numérateur inclut les taxes payées par les individus et les entreprises (incorporées ou non), tandis que le dénominateur exclut les profits des entreprises incorporées !
Une enquête journalistique la moindrement sérieuse aurait rapidement découvert le pot aux roses.
Encore faut-il que les salles de rédaction y mettent les ressources journalistiques nécessaires.


Le problème, c’est qu’il n,y a que très peu d’économistes indépendants de l’idéologie de l’école de Chicago, de cette droite qui veut détruire l’état pour nous rendre esclaves des grandes corporations.
le marché: comme si le marché pouvait exister quand il y a une telle disparité de moyens entre les acteurs.
Oui, tu as tellement raison.
SRC/RDI fait “L’épreuve des faits”, à l’occasion, pour démonter des arguments ou des statistiques “politiques” présentées par le gouvernement ou des organisations idéologiques.
Le fait que ce soit une chronique “spéciale” est assez révélateur, non? Me semble que ça devrait faire partie intégrale de tous les reportages…
En fait, le danger que je souligne est le fait de reprendre des arguments sans contre-vérifier. J’ai même déjà vu dans la même semaine la publication d’une opinion d’un économiste de l’IEDM, d’un article reprenant tels quels les arguments d’une étude de l’IEDM et d’un éditorial allant dans le sens des thèses de l’IEDM. Faut le faire !
La tendance est à la vitesse.
Malheureusement, c’est souvent au détriment de la qualité de l’information, tant sur le fond que dans la forme. De plus en plus de chiffres sont lancés et non vérifiés, et de plus en plus de fautes d’orthographe sont visibles. On assiste à une normalisation de la médiocrité. C’est lamentable.