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Journaux et citoyens: quel type de mariage?

Date: 2010/05/01

Ima­gi­nons un média où nous pou­vons col­lec­ti­ve­ment déci­der de ce que les jour­na­listes vont cou­vrir. Ima­gi­nons aussi que nous sommes en mesure d’intervenir tout au long de l’enquête jour­na­lis­tique et de l’écriture de l’article. Le jour­na­lisme est-il prêt pour une telle muta­tion? C’est ce que teste en ce moment The Jour­nal Regis­ter Com­pany avec The Ben Frank­lin Pro­ject.

L’idée cen­trale de ce pro­jet est d’inverser le para­digme qui carac­té­rise les médias écrits jusqu’à présent.

En gros, les jour­na­listes reçoivent des assi­gna­tions, recueillent les infor­ma­tions en lien avec celles-ci, rédigent des articles pour la ver­sion papier du jour­nal, puis ces articles sont trans­fé­rés tels quels dans la ver­sion élec­tro­nique. [Sur le tra­vail jour­na­lis­tique, voir Deve­nir jour­na­liste de la Fédé­ra­tion pro­fes­sion­nelle des jour­na­listes du Québec.]

Nous inter­ve­nons après coup en com­men­tant les articles publiés.

Ce pro­jet veut, à l’inverse, par­tir d’outils élec­tro­niques gra­tuits pour aider les lec­teurs à choi­sir les sujets cou­verts et à contri­buer au tra­vail jour­na­lis­tique, jusqu’à la publi­ca­tion des repor­tages en résul­tant sur le Web et dans la ver­sion papier des jour­naux asso­ciés au projet.

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un pro­jet visant à inté­grer les citoyens dans la pré­pa­ra­tion des conte­nus des jour­naux est lancé chez nos voi­sins américains.

De plus en plus de médias com­mer­ciaux (pas seule­ment les jour­naux) y sol­li­citent la par­ti­ci­pa­tion citoyenne [voir, par exemple, Une paix des braves entre jour­naux et médias citoyens aux États-Unis].

The Jour­nal Regis­ter Com­pany annon­çait elle-même, le 20 avril der­nier, un par­te­na­riat avec See­Click­Fix en vue de per­mettre aux citoyens des villes qu’il couvre de rap­por­ter ce qui se passe dans leurs communautés.

Il y a aussi des ini­tia­tives hors médias com­mer­ciaux don­nant des résul­tats, ma foi, fort inté­res­sants (par ex.: Pris la main dans la mine).

Dans ce contexte en pleine évolu­tion, la ques­tion du rôle de ces citoyens dans la col­lecte, la docu­men­ta­tion et la dif­fu­sion de l’information se pose de plus en plus. Simples témoins ou participants?

En avril 2008, je fai­sais état d’une pro­po­si­tion de Dan Schultz pour une nou­velle dis­tri­bu­tion des rôles entre les citoyens et les jour­na­listes (Jour­na­listes, citoyens jour­na­listes et infor­ma­tion locale).

Schultz envi­sa­geait que les citoyens puissent influen­cer la cou­ver­ture de «l’agenda public» (les faits, les événe­ments, les débats qui comptent pour une com­mu­nauté don­née) par les journalistes.

The Ben Frank­lin Pro­ject est, en ce sens, une ini­tia­tive à suivre.Non seule­ment les citoyens pour­ront y influen­cer le choix des sujets, ils pour­ront aussi inter­ve­nir dans le contenu des articles.

On peut tou­te­fois se deman­der jusqu’à quel point les jour­naux amé­ri­cains vont accep­ter de lais­ser les citoyens influen­cer les choix édito­riaux davan­tage que ne le font les rela­tion­nistes et les impé­ra­tifs de vente publicitaire.

Nous n’en sommes pas encore là au Qué­bec. La ques­tion est beau­coup plus de savoir si nos jour­naux pour­ront encore long­temps igno­rer le poten­tiel que repré­sente la par­ti­ci­pa­tion citoyenne?

Ne faut-il pas tuer les jour­naux pour les faire renaître de leurs cendres?


Filed under: Médias
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