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Journalisme et avenir des médias au Québec: où est le mot citoyen?

Date: 2010/05/02

Les divers forums de dis­cus­sion du Groupe de tra­vail sur le jour­na­lisme et l’avenir des médias au Qué­bec sont peu fré­quen­tés. À vrai dire, on y enten­drait voler une mouche si cha­cun de ces forums était une salle. Sommes-nous à court d’idée sur les sujets de dis­cus­sion pro­po­sés dans les quatre axes de recherche du groupe de tra­vail? Ne serait-ce pas plu­tôt parce que ce qui pré­oc­cupe les jour­na­listes n’équivaut pas à ce qui pré­oc­cupe le reste de la société par rap­port à l’information? Au fait, que voulons-nous au juste?

Je serais, le pre­mier, bien embêté de savoir ce que veulent les Qué­bé­cois par rap­port à l’avenir du jour­na­lisme et des médias. Je sens bien, comme plu­sieurs, une cer­taine dés­illu­sion sur la capa­cité des médias de bien nous infor­mer, mais je ne vois pas poindre, en contre­par­tie, d’initiatives citoyennes comme c’est le cas aux États-Unis.

Est-ce dire que nous ne voyons pas, comme nos voi­sins, le dan­ger de sous-information qui plane sur nos têtes?

Ce que je sais en revanche, c’est que le groupe de tra­vail ne semble guère s’intéresser à la capa­cité que repré­sen­te­raient des citoyens mobi­li­sés pour la cause de l’information.

Un petit bout de phrase, lu dans la des­crip­tion du thème 9 pro­posé par le groupe de tra­vail (usages citoyens des nou­veaux médias), indique bien que les jour­na­listes et les médias tra­di­tion­nels demeurent les maîtres du jeu dans l’esprit du groupe de tra­vail : «les médias tra­di­tion­nels four­nissent tou­jours la matière pre­mière des nou­veaux médias.»

Les médias tra­di­tion­nels sont loin de «tou­jours» four­nir la matière pre­mière des nou­veaux médias. Je n’ai pas en main de sta­tis­tiques sur les liens, mais essayez une recherche sur Twit­ter avec “http://” et vous serez éton­nés de la diver­sité de pro­ve­nance des sources. Même chose dans Facebook.

Je peux de plus confir­mer que les sujets des billets de blogues ne sont pas sou­vent ini­tiés par les médias tra­di­tion­nels. Je le sais, car je suis tous les jours quelque 630 blogues de la région de Qué­bec recen­sés dans La Capi­tale blogue.

Le groupe de tra­vail se concentre sur la recherche de solu­tions face aux pro­blèmes que vivent le jour­na­lisme et les médias traditionnels.

Toute la ques­tion du rôle des citoyens dans la cueillette, la mise en forme et la dif­fu­sion de l’information est com­plè­te­ment évacuée. Tout au plus s’intéresse-t-on à la grave ques­tion de l’anonymat dans les com­men­taires émis sur les sites des médias traditionnels.

Pour­tant, le for­mi­dable poten­tiel que consti­tuent des citoyens en mesure de col­li­ger, d’analyser, de mettre en forme de l’information per­ti­nente est la carac­té­ris­tique la plus nova­trice des usages citoyens des nou­veaux médias (pour en voir un exemple récent, lire Pris la main dans la mine).

Les médias tra­di­tion­nels auraient avan­tage à pro­fi­ter de cette pos­si­bi­lité, comme le font de plus en plus de médias amé­ri­cains, autant tra­di­tion­nels qu’alternatifs et que ceux dits «citoyens».

Il est assez révé­la­teur de voir que la seule étude citée par le groupe de tra­vail en lien avec le rôle des «jour­na­listes ama­teurs» date de 2008 (News and Infor­ma­tion as Digi­tal Media Come of Age).

Deux ans, dans un pay­sage média­tique en plein bou­le­ver­se­ment, c’est qua­si­ment une éternité.

Au moins si le groupe de tra­vail avait cité des études plus récentes, telle Infor­ming Com­mu­ni­ties: Sus­tai­ning Demo­cracy in the Digi­tal Age, publiée en octobre 2009 (voir mon billet d’alors: Com­ment va l’information locale?), ou encore Report Pro­poses New Steps to Sup­port Qua­lity Public Affairs Repor­ting publié le même mois (voir États-Unis: un nou­veau rap­port se porte à la défense du jour­na­lisme indé­pen­dant) !

Un fait en dit long sur l’idée que se fait des nou­veaux médias le groupe de tra­vail : aucun compte Twit­ter, aucune page Face­book, pas même un blogue ; que des forums tout ce qu’il y a de plus tra­di­tion­nels, rap­pe­lant le Web 1.0.

Pour le reste, la tech­nique tout ce qu’il y a de plus clas­sique des groupes témoins.

Dire qu’on aurait pu s’inspirer de la belle expé­rience du Public­Me­dia­Camp menée par NPR et PBS cher­chant jus­te­ment à for­ger une nou­velle alliance avec leurs publics (Vers une nou­velle alliance entre dif­fu­seurs publics et com­mu­nau­tés).

J’espère me trom­per, mais quelque chose me dit que les conclu­sions du groupe de tra­vail vont être dépassées.


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