Journalisme et avenir des médias au Québec: où est le mot citoyen?
Les divers forums de discussion du Groupe de travail sur le journalisme et l’avenir des médias au Québec sont peu fréquentés. À vrai dire, on y entendrait voler une mouche si chacun de ces forums était une salle. Sommes-nous à court d’idée sur les sujets de discussion proposés dans les quatre axes de recherche du groupe de travail? Ne serait-ce pas plutôt parce que ce qui préoccupe les journalistes n’équivaut pas à ce qui préoccupe le reste de la société par rapport à l’information? Au fait, que voulons-nous au juste?
Je serais, le premier, bien embêté de savoir ce que veulent les Québécois par rapport à l’avenir du journalisme et des médias. Je sens bien, comme plusieurs, une certaine désillusion sur la capacité des médias de bien nous informer, mais je ne vois pas poindre, en contrepartie, d’initiatives citoyennes comme c’est le cas aux États-Unis.
Est-ce dire que nous ne voyons pas, comme nos voisins, le danger de sous-information qui plane sur nos têtes?
Ce que je sais en revanche, c’est que le groupe de travail ne semble guère s’intéresser à la capacité que représenteraient des citoyens mobilisés pour la cause de l’information.
Un petit bout de phrase, lu dans la description du thème 9 proposé par le groupe de travail (usages citoyens des nouveaux médias), indique bien que les journalistes et les médias traditionnels demeurent les maîtres du jeu dans l’esprit du groupe de travail : «les médias traditionnels fournissent toujours la matière première des nouveaux médias.»
Les médias traditionnels sont loin de «toujours» fournir la matière première des nouveaux médias. Je n’ai pas en main de statistiques sur les liens, mais essayez une recherche sur Twitter avec “http://” et vous serez étonnés de la diversité de provenance des sources. Même chose dans Facebook.
Je peux de plus confirmer que les sujets des billets de blogues ne sont pas souvent initiés par les médias traditionnels. Je le sais, car je suis tous les jours quelque 630 blogues de la région de Québec recensés dans La Capitale blogue.
Le groupe de travail se concentre sur la recherche de solutions face aux problèmes que vivent le journalisme et les médias traditionnels.
Toute la question du rôle des citoyens dans la cueillette, la mise en forme et la diffusion de l’information est complètement évacuée. Tout au plus s’intéresse-t-on à la grave question de l’anonymat dans les commentaires émis sur les sites des médias traditionnels.
Pourtant, le formidable potentiel que constituent des citoyens en mesure de colliger, d’analyser, de mettre en forme de l’information pertinente est la caractéristique la plus novatrice des usages citoyens des nouveaux médias (pour en voir un exemple récent, lire Pris la main dans la mine).
Les médias traditionnels auraient avantage à profiter de cette possibilité, comme le font de plus en plus de médias américains, autant traditionnels qu’alternatifs et que ceux dits «citoyens».
Il est assez révélateur de voir que la seule étude citée par le groupe de travail en lien avec le rôle des «journalistes amateurs» date de 2008 (News and Information as Digital Media Come of Age).
Deux ans, dans un paysage médiatique en plein bouleversement, c’est quasiment une éternité.
Au moins si le groupe de travail avait cité des études plus récentes, telle Informing Communities: Sustaining Democracy in the Digital Age, publiée en octobre 2009 (voir mon billet d’alors: Comment va l’information locale?), ou encore Report Proposes New Steps to Support Quality Public Affairs Reporting publié le même mois (voir États-Unis: un nouveau rapport se porte à la défense du journalisme indépendant) !
Un fait en dit long sur l’idée que se fait des nouveaux médias le groupe de travail : aucun compte Twitter, aucune page Facebook, pas même un blogue ; que des forums tout ce qu’il y a de plus traditionnels, rappelant le Web 1.0.
Pour le reste, la technique tout ce qu’il y a de plus classique des groupes témoins.
Dire qu’on aurait pu s’inspirer de la belle expérience du PublicMediaCamp menée par NPR et PBS cherchant justement à forger une nouvelle alliance avec leurs publics (Vers une nouvelle alliance entre diffuseurs publics et communautés).
J’espère me tromper, mais quelque chose me dit que les conclusions du groupe de travail vont être dépassées.
