Les villes sont des actrices clés d’un meilleur environnement
Longtemps, les villes ont fait de la procrastination face aux problèmes environnementaux. Elles avaient un motif en or pour remettre au lendemain du surlendemain ce qui pouvait être fait le jour même: «l’environnement ne relève pas de nous», prétendaient-elles. Or, nous n’aurons bientôt plus le choix. Les questions environnementales vont devoir être liées à la planification urbaine, dans une approche multidisciplinaire dont l’objectif sera d’améliorer le bien-être des individus et des communautés, ou du moins de l’empêcher de se détériorer davantage. Les villes pourraient en profiter pour prendre le leadership dans ce qui pourrait bien se révéler une petite révolution politique.
Je suis tombé par hasard — enfin, pas tout à fait au hasard puisque suivre ces questions fait partie de mon travail — sur un ouvrage au titre très évocateur de l’auteur James. A. Kushner : Healthy Cities: the Intersection of Urban Planning, Law and Health. Je n’ai pas lu l’ouvrage que je ne commenterai donc pas, mais plutôt un compte-rendu qui m’a allumé sur la pauvreté de la planification urbaine.
La citation est longue, mais elle vaut la peine d’être lue:
L’auteur suggère des modifications à la planification urbaine afin notamment de réduire les coûts des soins de santé. Selon lui, la réduction de la congestion routière associée à la mise en place d’un transport public efficace et de voies désignées pour les services médicaux d’urgence améliore le temps de réponse de ces services. L’augmentation du nombre de voies piétonnières entraîne également plusieurs bénéfices: population plus en santé, air plus sain, etc.
Ce qui frappe dans cette approche déjà plus riche de la planification urbaine, c’est que la planification liée à la santé des populations n’est pas séparée de la planification liée aux fonctions traditionnellement assumées par les villes.
En se forçant le moindrement, on pourrait trouver une continuité similaire avec la planification liée à l’éducation des populations.
La décision la plus absurde en matière de planification urbaine à Québec fut d’ailleurs «d’oublier» de construire une école primaire dans le tout nouveau quartier Lebourgneuf. Figurez-vous que les premiers enfants nés dans ce quartier étaient rendus au secondaire quand on a fini par y construire une école primaire. Comme modèle de planification urbaine ratée, on ne ferait guère mieux!
Les plus perspicaces d’entre vous m’auront vu venir. Nous avons créé des silos [villes, commissions scolaires, agences de santé…] où chacun planifie selon son approche de ses besoins, sans tenir compte des besoins globaux des populations. Par exemple, les planificateurs du réseau de la santé utilisent un modèle biomédical, tandis que les urbanistes utilisent un modèle géographique. [voir à ce propos Urban Planning and Public Health at CDC] Dans les commissions scolaires, la planification se fait à partir d’un troisième modèle, sans doute plus sociologique…
Pourtant, ce sont des systèmes sociaux complexes qui se développent dans l’espace et qui entrent souvent en compétition avec des écosystèmes tout aussi complexes, dont ils sont une composante majeure.
Si nous avions une approche de l’espace et des systèmes qui l’occupent en terme d’environnement, plutôt que comme un territoire où chacun peut faire et mettre ce qu’il veut, dans le respect de certaines règles du jeu plus ou moins modifiables au gré des pressions politiques des uns et des autres, nous pourrions commencer à imaginer une planification urbaine (ou rurale) beaucoup plus efficace dans la réponse aux besoins actuels et futurs de la population, y compris et surtout le besoin de vivre dans un environnement qui ne nuise pas à notre santé physique et mentale.
Mais pour cela, il faudra d’abord que les mentalités changent en profondeur.
