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Les villes sont des actrices clés d’un meilleur environnement

Date: 2008/04/16

Long­temps, les villes ont fait de la pro­cras­ti­na­tion face aux pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Elles avaient un motif en or pour remettre au len­de­main du sur­len­de­main ce qui pou­vait être fait le jour même: «l’environnement ne relève pas de nous», prétendaient-elles. Or, nous n’aurons bien­tôt plus le choix. Les ques­tions envi­ron­ne­men­tales vont devoir être liées à la pla­ni­fi­ca­tion urbaine, dans une approche mul­ti­dis­ci­pli­naire dont l’objectif sera d’améliorer le bien-être des indi­vi­dus et des com­mu­nau­tés, ou du moins de l’empêcher de se dété­rio­rer davan­tage. Les villes pour­raient en pro­fi­ter pour prendre le lea­der­ship dans ce qui pour­rait bien se révé­ler une petite révo­lu­tion politique.

Je suis tombé par hasard — enfin, pas tout à fait au hasard puisque suivre ces ques­tions fait par­tie de mon tra­vail — sur un ouvrage au titre très évoca­teur de l’auteur James. A. Kush­ner : Heal­thy Cities: the Inter­sec­tion of Urban Plan­ning, Law and Health. Je n’ai pas lu l’ouvrage que je ne com­men­te­rai donc pas, mais plu­tôt un compte-rendu qui m’a allumé sur la pau­vreté de la pla­ni­fi­ca­tion urbaine.

La cita­tion est longue, mais elle vaut la peine d’être lue:

L’auteur sug­gère des modi­fi­ca­tions à la pla­ni­fi­ca­tion urbaine afin notam­ment de réduire les coûts des soins de santé. Selon lui, la réduc­tion de la conges­tion rou­tière asso­ciée à la mise en place d’un trans­port public effi­cace et de voies dési­gnées pour les ser­vices médi­caux d’urgence amé­liore le temps de réponse de ces ser­vices. L’augmentation du nombre de voies pié­ton­nières entraîne égale­ment plu­sieurs béné­fices: popu­la­tion plus en santé, air plus sain, etc.

Ce qui frappe dans cette approche déjà plus riche de la pla­ni­fi­ca­tion urbaine, c’est que la pla­ni­fi­ca­tion liée à la santé des popu­la­tions n’est pas sépa­rée de la pla­ni­fi­ca­tion liée aux fonc­tions tra­di­tion­nel­le­ment assu­mées par les villes.

En se for­çant le moin­dre­ment, on pour­rait trou­ver une conti­nuité simi­laire avec la pla­ni­fi­ca­tion liée à l’éducation des populations.

La déci­sion la plus absurde en matière de pla­ni­fi­ca­tion urbaine à Qué­bec fut d’ailleurs «d’oublier» de construire une école pri­maire dans le tout nou­veau quar­tier Lebour­gneuf. Figurez-vous que les pre­miers enfants nés dans ce quar­tier étaient ren­dus au secon­daire quand on a fini par y construire une école pri­maire. Comme modèle de pla­ni­fi­ca­tion urbaine ratée, on ne ferait guère mieux!

Les plus pers­pi­caces d’entre vous m’auront vu venir. Nous avons créé des silos [villes, com­mis­sions sco­laires, agences de santé…] où cha­cun pla­ni­fie selon son approche de ses besoins, sans tenir compte des besoins glo­baux des popu­la­tions. Par exemple, les pla­ni­fi­ca­teurs du réseau de la santé uti­lisent un modèle bio­mé­di­cal, tan­dis que les urba­nistes uti­lisent un modèle géo­gra­phique. [voir à ce pro­pos Urban Plan­ning and Public Health at CDC] Dans les com­mis­sions sco­laires, la pla­ni­fi­ca­tion se fait à par­tir d’un troi­sième modèle, sans doute plus sociologique…

Pour­tant, ce sont des sys­tèmes sociaux com­plexes qui se déve­loppent dans l’espace et qui entrent sou­vent en com­pé­ti­tion avec des écosys­tèmes tout aussi com­plexes, dont ils sont une com­po­sante majeure.

Si nous avions une approche de l’espace et des sys­tèmes qui l’occupent en terme d’environnement, plu­tôt que comme un ter­ri­toire où cha­cun peut faire et mettre ce qu’il veut, dans le res­pect de cer­taines règles du jeu plus ou moins modi­fiables au gré des pres­sions poli­tiques des uns et des autres, nous pour­rions com­men­cer à ima­gi­ner une pla­ni­fi­ca­tion urbaine (ou rurale) beau­coup plus effi­cace dans la réponse aux besoins actuels et futurs de la popu­la­tion, y com­pris et sur­tout le besoin de vivre dans un envi­ron­ne­ment qui ne nuise pas à notre santé phy­sique et mentale.

Mais pour cela, il fau­dra d’abord que les men­ta­li­tés changent en profondeur.


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