Journalistes, citoyens journalistes et information locale
Je suis un grand fan de Mediashift, un blogue de PBS sur les nouveaux médias, la société et la culture. Depuis peu (depuis le 29 février pour être précis), Mediashift s’est enrichi d’un autre blogue, Idea Lab, tenu par des innovateurs tel Dan Gilmour, Steven Clift et autres, qui contribuent à réinventer l’information locale (community news) à l’ère des nouvelles technologies. Un billet écrit dans ce dernier blogue par Dan Schultz le 12 avril dernier portait sur le fameux débat entre journalisme professionnel et journalisme citoyen. Schultz introduit un élément clé dans le débat: l’agenda public.
La notion d’agenda public est assez facile à saisir : songez aux événements qui vont marquer votre propre journée, semaine, etc. Vous voyez apparaître un portrait de ce qui compte pour vous. Les collectivités ont aussi un agenda, fait d’événements, de circonstances, de débats, de choix… qui comptent. La fermeture de l’usine Crocs à Québec, par exemple, est un de ces événements qui comptent.
Prenons cet exemple pour mieux saisir le lien entre l’agenda public, le journalisme citoyen et le journalisme professionnel. En premier lieu, il y a l’agenda des faits [une usine ferme]. Ensuite, il y a l’agenda de la collectivité [ce n’est pas seulement une usine qui ferme, c’est l’économie de la collectivité qui change, ce que symbolise la fermeture]. Enfin, il y a l’agenda que Schultz appelle «service agenda» qui correspond à ce à quoi la collectivité doit s’intéresser même si elle ne va pas nécessairement le faire spontanément [par exemple, la stratégie industrielle de la Ville de Québec prépare-t-elle ou non d’autres fermetures du genre? Avouez que la stratégie industrielle d’une ville n’est pas votre tasse de thé, si tant est même que vous saviez que Québec en avait une].
Voici maintenant comment Schultz distribue les rôles du citoyen et du journaliste en lien avec l’agenda public local.
Le citoyen
- identifie des sujets qui peuvent ou non avoir une résonance dans la communauté;
- contribue à donner une voie publique à la communauté. Pour Schultz, cela peut influencer l’agenda public, surtout si plusieurs citoyens écrivent sur un sujet donné;
- ajoute, ou contribue à ce que soient ajoutés par les commentaires des autres, des perspectives diverses sur une question donnée.
Le journaliste
- est un chien de garde de l’information et il peut contribuer à faire connaître et reconnaître des sujets ignorés [dans certains cas tenus volontairement sous silence] mais qui n’en sont pas moins importants pour la collectivité;
- est celui qui fait le travail fastidieux, pas toujours évident, parfois long, de documenter et vérifier les faits;
- peut contextualiser l’information beaucoup mieux que le citoyen parce qu’il a une connaissance plus étendue sur un sujet donné, ou du moins une plus grande possibilité de s’être documenté.
Schultz ajoute à chaque énumération un élément que j’ai volontairement gardé pour la fin : le citoyen peut désormais être en partie un journaliste, le journaliste est toujours en partie un citoyen. Pour lui, ce sont même ces deux rôles qui sont les plus importants pour comprendre ce qui se passe en ce moment.
Je sais que les tenants du journalisme professionnel pur reprochent à plusieurs journalistes d’éditorialiser (d’émettre une opinion là où on voudrait qu’ils s’en tiennent aux faits et à l’analyse des faits). Plusieurs journalistes reprochent de leur côté à des citoyens de s’improviser journalistes.
Sans s’attarder à la question de la qualité de l’information, sur laquelle il compte revenir, Schultz propose tout de même de voir le côté positif du phénomène du point de vue de l’agenda public: l’influence de certains citoyens journalistes peut faire en sorte que l’agenda des collectivités soit plus proche de leurs besoins en information, tandis que les journalistes seront toujours ceux qui s’assureront que, pour employer son image, toutes les roches sont retournées.
Il me semble que c’est une belle invitation à ne pas s’ignorer les uns les autres, mais plutôt à trouver un terrain de collaboration pour une meilleure information locale, non?
J’aurais bien aimé que l’aventure de MédiaMatinQuébec aille de ce côté. Mais il est vrai que Idea Lab dispose de sous alloués généreusement par la John S. and James L. Knight Foundation.
MediaShift Idea Lab . Journalists, Citizens, and the Media Conversation | PBS
