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cause toujours !

Journalistes, citoyens journalistes et information locale

Date: 2008/04/20

Je suis un grand fan de Media­shift, un blogue de PBS sur les nou­veaux médias, la société et la culture. Depuis peu (depuis le 29 février pour être pré­cis), Media­shift s’est enri­chi d’un autre blogue, Idea Lab, tenu par des inno­va­teurs tel Dan Gil­mour, Ste­ven Clift et autres, qui contri­buent à réin­ven­ter l’information locale (com­mu­nity news) à l’ère des nou­velles tech­no­lo­gies. Un billet écrit dans ce der­nier blogue par Dan Schultz le 12 avril der­nier por­tait sur le fameux débat entre jour­na­lisme pro­fes­sion­nel et jour­na­lisme citoyen. Schultz intro­duit un élément clé dans le débat: l’agenda public.

La notion d’agenda public est assez facile à sai­sir : son­gez aux événe­ments qui vont mar­quer votre propre jour­née, semaine, etc. Vous voyez appa­raître un por­trait de ce qui compte pour vous. Les col­lec­ti­vi­tés ont aussi un agenda, fait d’événements, de cir­cons­tances, de débats, de choix… qui comptent. La fer­me­ture de l’usine Crocs à Qué­bec, par exemple, est un de ces événe­ments qui comptent.

Pre­nons cet exemple pour mieux sai­sir le lien entre l’agenda public, le jour­na­lisme citoyen et le jour­na­lisme pro­fes­sion­nel. En pre­mier lieu, il y a l’agenda des faits [une usine ferme]. Ensuite, il y a l’agenda de la col­lec­ti­vité [ce n’est pas seule­ment une usine qui ferme, c’est l’économie de la col­lec­ti­vité qui change, ce que sym­bo­lise la fer­me­ture]. Enfin, il y a l’agenda que Schultz appelle «ser­vice agenda» qui cor­res­pond à ce à quoi la col­lec­ti­vité doit s’intéresser même si elle ne va pas néces­sai­re­ment le faire spon­ta­né­ment [par exemple, la stra­té­gie indus­trielle de la Ville de Qué­bec prépare-t-elle ou non d’autres fer­me­tures du genre? Avouez que la stra­té­gie indus­trielle d’une ville n’est pas votre tasse de thé, si tant est même que vous saviez que Qué­bec en avait une].

Voici main­te­nant com­ment Schultz dis­tri­bue les rôles du citoyen et du jour­na­liste en lien avec l’agenda public local.

Le citoyen

  • iden­ti­fie des sujets qui peuvent ou non avoir une réso­nance dans la communauté;
  • contri­bue à don­ner une voie publique à la com­mu­nauté. Pour Schultz, cela peut influen­cer l’agenda public, sur­tout si plu­sieurs citoyens écrivent sur un sujet donné;
  • ajoute, ou contri­bue à ce que soient ajou­tés par les com­men­taires des autres, des pers­pec­tives diverses sur une ques­tion donnée.

Le jour­na­liste

  • est un chien de garde de l’information et il peut contri­buer à faire connaître et recon­naître des sujets igno­rés [dans cer­tains cas tenus volon­tai­re­ment sous silence] mais qui n’en sont pas moins impor­tants pour la collectivité;
  • est celui qui fait le tra­vail fas­ti­dieux, pas tou­jours évident, par­fois long, de docu­men­ter et véri­fier les faits;
  • peut contex­tua­li­ser l’information beau­coup mieux que le citoyen parce qu’il a une connais­sance plus éten­due sur un sujet donné, ou du moins une plus grande pos­si­bi­lité de s’être documenté.

Schultz ajoute à chaque énumé­ra­tion un élément que j’ai volon­tai­re­ment gardé pour la fin : le citoyen peut désor­mais être en par­tie un jour­na­liste, le jour­na­liste est tou­jours en par­tie un citoyen. Pour lui, ce sont même ces deux rôles qui sont les plus impor­tants pour com­prendre ce qui se passe en ce moment.

Je sais que les tenants du jour­na­lisme pro­fes­sion­nel pur reprochent à plu­sieurs jour­na­listes d’éditorialiser (d’émettre une opi­nion là où on vou­drait qu’ils s’en tiennent aux faits et à l’analyse des faits). Plu­sieurs jour­na­listes reprochent de leur côté à des citoyens de s’improviser journalistes.

Sans s’attarder à la ques­tion de la qua­lité de l’information, sur laquelle il compte reve­nir, Schultz pro­pose tout de même de voir le côté posi­tif du phé­no­mène du point de vue de l’agenda public: l’influence de cer­tains citoyens jour­na­listes peut faire en sorte que l’agenda des col­lec­ti­vi­tés soit plus proche de leurs besoins en infor­ma­tion, tan­dis que les jour­na­listes seront tou­jours ceux qui s’assureront que, pour employer son image, toutes les roches sont retournées.

Il me semble que c’est une belle invi­ta­tion à ne pas s’ignorer les uns les autres, mais plu­tôt à trou­ver un ter­rain de col­la­bo­ra­tion pour une meilleure infor­ma­tion locale, non?

J’aurais bien aimé que l’aventure de Média­Ma­tin­Qué­bec aille de ce côté. Mais il est vrai que Idea Lab dis­pose de sous alloués géné­reu­se­ment par la John S. and James L. Knight Foundation.

Media­Shift Idea Lab . Jour­na­lists, Citi­zens, and the Media Conver­sa­tion | PBS


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