Christine et Régis, ces enfants qui n’habitent plus Saint-Roch
Je viens de laisser un long commentaire sur le site de Clément Laberbe, quelqu’un que j’estime beaucoup. Je voulais lui faire part de mes inquiétudes face à la volonté du maire Régis Labeaume de faire de Saint-Roch le quartier «techno-culturel» de Québec. Je lui ai écrit que je partageais l’enthousiasme qui transparaît dans son billet (Un quartier (et une ville) à construire ensemble), mais que j’avais pour ma part des inquiétudes.
J’aimerais apporter un bémol à l’histoire des deux enfants, Christine et Régis, déambulant dans le Saint-Roch de 2025, raconté par Clément à l’occasion de la journée Québec Horizon Culture. Je vais le faire sous la forme d’une autre histoire, celle de deux enfants dont les grands-parents vivaient tous (ça doit bien faire huit grands-parents en tout, quoique si l’on ajoute les parents des beaux-parents qu’ils ont connus dans leur courte vie…) dans Saint-Roch en 2009. Curieusement, ces deux enfants s’appellent aussi Christine et Régis.
Un des huit grands-parents leur a raconté, l’autre jour, l’époque où il était possible de vivre dans Saint-Roch même si on n’était pas riche. Vous aurez compris que ces enfants ne vivent pas dans ce quartier complètement revampé grâce à celui qui fut maire de Québec au début du 21e siècle. Il y a même un parc qui porte son nom, le parc Labeaume, là où jadis dominait un HLM, tout près des condos de L’Église, ces magnifiques condos construits dans l’ancienne église Saint-Roch. En fait, tout le secteur a complètement changé. Le grand parent en question y va de temps à autre, mais il n’y reconnaît plus personne.
Pas forcément pour le pire, ces changements. Le quartier est demeuré à petite échelle, il a même retrouvé un calme étonnant au Centre-Ville depuis que la circulation automobile est strictement interdite en dehors des grands axes urbains qui le traversent ; c’est juste que les familles et individus peu fortunés qui y vivaient en 2009 ont dû partir un à un, à mesure que la gentrification douce (un nouveau concept pour désigner ces quartiers où se côtoient petits entrepreneurs, créateurs et amants d’un monde plus vert, plus bio) a progressé. Saint Roch s’est ouvert sur le monde, mais une bonne partie du monde qui y vivait a dû s’ouvrir à de nouveaux horizons, dans un quartier pas si loin finalement.
Il paraît que le maire de Québec de 2025 a un rêve pour cet autre quartier. Faut-il s’en réjouir?
Post scriptum: j’ai vécu sur la rue Saint-Joseph Est, sur la rue du Roi, et je vais bientôt habiter sur la rue du Parvis (en face du Jardin Saint-Roch). Je pourrais me réjouir de savoir que Saint-Roch va changer dans les prochaines décennies, mais je suis inquiet pour toute une partie de sa population qui risque d’en faire les frais. J’aurais aimé qu’on mette les sous qu’il faut pour préserver intégralement la mixité du Quartier et améliorer la qualité de vie de ces femmes (souvent monoparentales) et ces hommes qui n’ont aucun moyen de se défendre contre le progrès. Leurs enfants risquent fort de devoir grandir ailleurs…
Rsssurez-moi, monsieur le maire, sur l’avenir de ce quartier. Ça serait tellement formidable de réussir enfin le pari de la mixité.
