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Christine et Régis, ces enfants qui n’habitent plus Saint-Roch

Date: 2009/02/16

Je viens de lais­ser un long com­men­taire sur le site de Clé­ment Laberbe, quelqu’un que j’estime beau­coup. Je vou­lais lui faire part de mes inquié­tudes face à la volonté du maire Régis Labeaume de faire de Saint-Roch le quar­tier «techno-culturel» de Qué­bec. Je lui ai écrit que je par­ta­geais l’enthousiasme qui trans­pa­raît dans son billet  (Un quar­tier (et une ville) à construire ensemble), mais que j’avais pour ma part des inquiétudes.

J’aimerais appor­ter un bémol à l’histoire des deux enfants, Chris­tine et Régis, déam­bu­lant dans le Saint-Roch de 2025, raconté par Clé­ment à l’occasion de la jour­née Qué­bec Hori­zon Culture. Je vais le faire sous la forme d’une autre his­toire, celle de deux enfants dont les grands-parents vivaient tous (ça doit bien faire huit grands-parents en tout, quoique si l’on ajoute les parents des beaux-parents qu’ils ont connus dans leur courte vie…) dans Saint-Roch en 2009. Curieu­se­ment, ces deux enfants s’appellent aussi Chris­tine et Régis.

Un des huit grands-parents leur a raconté, l’autre jour, l’époque où il était pos­sible de vivre dans Saint-Roch même si on n’était pas riche. Vous aurez com­pris que ces enfants ne vivent pas dans ce quar­tier com­plè­te­ment revampé grâce à celui qui fut maire de Qué­bec au début du 21e siècle. Il y a même un parc qui porte son nom, le parc Labeaume, là où jadis domi­nait un HLM, tout près des condos de L’Église, ces magni­fiques condos construits dans l’ancienne église Saint-Roch. En fait, tout le sec­teur a com­plè­te­ment changé. Le grand parent en ques­tion y va de temps à autre, mais il n’y recon­naît plus personne.

Pas for­cé­ment pour le pire, ces chan­ge­ments. Le quar­tier est demeuré à petite échelle, il a même retrouvé un calme éton­nant au Centre-Ville depuis que la cir­cu­la­tion auto­mo­bile est stric­te­ment inter­dite en dehors des grands axes urbains qui le tra­versent ; c’est juste que les familles et indi­vi­dus peu for­tu­nés qui y vivaient en 2009 ont dû par­tir un à un, à mesure que la gen­tri­fi­ca­tion douce (un nou­veau concept pour dési­gner ces quar­tiers où se côtoient petits entre­pre­neurs, créa­teurs et amants d’un monde plus vert, plus bio) a pro­gressé. Saint Roch s’est ouvert sur le monde, mais une bonne par­tie du monde qui y vivait a dû s’ouvrir à de nou­veaux hori­zons, dans un quar­tier pas si loin finalement.

Il paraît que le maire de Qué­bec de 2025 a un rêve pour cet autre quar­tier. Faut-il s’en réjouir?

Post scrip­tum: j’ai vécu sur la rue Saint-Joseph Est, sur la rue du Roi, et je vais bien­tôt habi­ter sur la rue du Par­vis (en face du Jar­din Saint-Roch). Je pour­rais me réjouir de savoir que Saint-Roch va chan­ger dans les pro­chaines décen­nies, mais je suis inquiet pour toute une par­tie de sa popu­la­tion qui risque d’en faire les frais. J’aurais aimé qu’on mette les sous qu’il faut pour pré­ser­ver inté­gra­le­ment la mixité du Quar­tier et amé­lio­rer la qua­lité de vie de ces femmes (sou­vent mono­pa­ren­tales) et ces hommes qui n’ont aucun moyen de se défendre contre le pro­grès. Leurs enfants risquent fort de devoir gran­dir ailleurs…

Rsssurez-moi, mon­sieur le maire, sur l’avenir de ce quar­tier. Ça serait tel­le­ment for­mi­dable de réus­sir enfin le pari de la mixité.


Filed under: Société
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